Nghe An (VNA) - Des femmes de l’ethnie Thai au village de Nua, district de Con Cuông, dans la province de Nghê An (Centre), ont fait sortir leurs familles de la pauvreté grâce au tourisme communautaire.

16h00. Mo, In, Thành et Chiên arrivent chez Lô Thi Hoa dans le village de Nua, commune de Yên Khê, district de Con Cuông, à 130 km du centre de la province de Nghê An, près de la frontière avec le Laos. Elles sont membres de l’équipe gastronomique.

La promenade en chariot tracté par un bœuf ou un buffle est une expérience à ne pas manquer. Photo: CVN

Dans la cuisine, tout le monde s’active. Pendant qu’une femme prend en charge les aliments cuisant dans cinq à six marmites, les quatre autres font bouillir l’eau, lavent des légumes, épicent la viande ou cueillent des feuilles de citronnier dans le jardin. Elles préparent une dizaine de plats traditionnels Thai à Con Cuông dans le cadre d’un repas d’accueil pour plus de 40 clients, qui logeront chez l’habitant au 1, rue Hoa Thu.

Développer l’économie sur la base du tourisme

«Avant, nous n’utilisions que des plateaux en aluminium et bols en céramique pour mettre nos plats. Depuis qu’Ando, un consultant touristique de la JICA (Agence japonaise de coopération internationale, ndlr) est arrivé, avec les instructions d’un gastronome, nous resservons nos repas dans des plats traditionnels utilisés par nos ancêtres Thai à Con Cuông. Nos grands-parents préféraient cuire les aliments à la vapeur ou les griller. Les feuilles leur servaient aussi de bols et d’assiettes», raconte Hoa, patronne du homestay en étendant la natte pour y mettre le plateau.

«Poissons, légumes du jardin, volailles et porcs locaux. Nous pouvons cuisiner n’importe quand. Nous sommes cinq voisines, nous pouvons nous réunir très rapidement», fait savoir Vi Thi Mo, en terminant la confection des mets avant d’enfiler son chemisier traditionnel com (chemisier à manches courtes et à col en V) pour aller servir les clients.

Dans la même tenue, après le repas, elle et d’autres villageoises interprètent des chants et des danses traditionnels de l’ethnie au pied d’une maison sur pilotis. Les clients finissent par se joindre à elles pour chanter et danser. Très souvent, tout le monde est invité à boire du ruou cân (alcool de riz conservé dans une jarre, consommé avec des pailles en bambou).

Auparavant, les villageois vivaient principalement de l’agriculture. Le paiement de l’électricité ou l’achat d’un produit quelconque obligeaient parfois les habitants vendre leurs poulets. Les jeunes, quant à eux, partaient travailler loin dans des provinces plus développées. Les femmes n’assumaient que les tâches ménagères et les travaux champêtres. Depuis qu’ils se sont décidés à développer le tourisme communautaire, les habitants savent que leurs activités quotidiennes peuvent leur apporter un revenu supplémentaire.

Ainsi, ils proposent des promenades en chariot à bœuf et à buffle, de partir à la pêche avec des outils uniques, de découvrir des plantes médicinales cultivées dans le jardin, sur la montagne, de porter des vêtements traditionnels, d’acheter des chapeaux faits main en bambou ou rotin, etc.

Un plateau de plats traditionnels Thai au village de Nua, servi aux touristes. Photo: JICA

«Pour chaque soirée, nous gagnons entre 500.000 et 1.000.000 dôngs. Tout le village peut y participer. En plus, cela contribue à préserver nos traditions», informe Vuong Thi Thuân, la chef du Club de chants populaires des Thai du village de Nua. Ce dernier a été fondé en 2015 dans le but de promouvoir le tourisme local.

Au départ, les femmes chantaient timidement car elles croyaient que les touristes n’aimaient pas les chants traditionnels. Depuis qu’elles se sont rendus compte que ces chants faisaient le charme de la culture  Thai, et elles chantent avec enthousiasme. «De telles soirées me permettent d’évacuer la fatigue de la journée», poursuit-elle avant d’ajouter qu’elle tentera d’aménager sa maison, son jardin et ses toilettes afin de faire de son domicile une maison d’hôtes.

«Les trois foyers qui proposent actuellement un homestay vivent mieux qu’avant, ils peuvent prendre en charge la réparation de leur maison chaque année et acheter de nouveaux objets, de nouveaux meubles. Je demanderai à Ando si ma maison remplie les conditions pour devenir un homestay», partage-
t-elle. 

Le Dr Ando Kasuhiro est un expert en développement touristique et chargé du projet de «Diversification des sources de revenu à l’aide du tourisme patrimonial dans les villages agricoles et de pêche reculés», mis en œuvre par la JICA. «Ce qui m’a impressionné, c’est que les habitants ont un bon niveau de connaissances générales bien que la plupart soient démunis», se félicite Ando.

Maintien de l’esprit communautaire

Après plus d’un an d’examen, la JICA a officiellement lancé en 2016 le tourisme communautaire dans le village de Nua. Certains propriétaires ont été choisis pour coordonner les équipes chargées de la gastronomie, du logement, du chant populaire. Leur travail se doit être le plus professionnel possible. C’est la raison pour laquelle ils sont régulièrement invités à assister à des cours de perfectionnement dans le district de Mai Châu, province de Hoà Binh (Nord).

L'étudiant japonais Raito Hotta (gauche) et des membres du Club de chants populaires des Thai au village de Nua boivent du "ruou cân". Photo: JICA

Deux cours sont ainsi organisés : l’un est donné par le Dr Pham Hông Long, de l’Université des sciences sociales et humaines à Hanoï, consacré à la théorie, et l’autre, par le maître de conférence japonais Kogo Chisato, à la pratique. En particulier, Kogo Chisato tente d’enseigner à ses apprentis à faire une cuisine traditionnelle. Concernant l’hébergement, les maisons sur pilotis des Thai au village de Nua sont en bois, jolies et aérées. Chacune contient un petit bout de jardin.

Toutefois, les toilettes ne sont pas aux normes. L’architecte japonais a décidé d’en construire des nouvelles et de leur donner une apparence qui se fond dans le paysage. En particulier, les murs seront recouverts par des pierres, les toits seront faits de rotin et de bambou. Tout cela rendra le bâtiment plus naturel. «En cas d’endommagement de la maison, les habitants pourront réparer eux-mêmes les dégâts en utilisant des matières faciles à trouver sur place», a affirmé le Dr Ando.

Les résultats dépassent les objectifs escomptés

Plus d’un an  après ses débuts de lancement, le tourisme communautaire au village de Nua fonctionne bien. Les agences de voyage ont commencé à exploiter ce lieu touristique en y amenant des touristes de Cua Lo. En 2016, le service d’hébergement chez les habitants locaux a reçu 900 touristes, étrangers inclus. Cette année, à compter jusqu’à la mi-septembre, le nombre de voyageurs a dépassé les 1.200.

«Ce sont les clients qui choisissent eux-mêmes le homestay. Au cas où les chambres d’un homestay ne sont pas suffisantes pour accueilli un groupe de personnes trop nombreux, on met à disposition plusieurs maisons. L’équipe chargée de la gastronomie est responsable des repas alors que les activités ludiques sont animées par l’équipe de chant populaire. On divise parfaitement le travail !», déclare la propriétaire du homestay au numéro 1, rue Hoa Thu.

Et de conclure : «De plus en plus d’étrangers viennent ici. Les autorités du district nous ont mis à disposition des cours d’anglais gratuits. Maintenant, nous pouvons saluer les clients  étrangers et leur présenter certains plats». -CVN/VNA