Main dans la main pour mettre fin au mariage précoce

Le mariage précoce dans les ethnies minoritaires a un impact négatif sur le développement socio-économique des régions montagneuses. La lutte contre cette pratique est un travail de longue haleine.

Hanoi, 30 octobre (VNA) – Le mariage précoce est interdit au Vietnam. Pourtant la loi n’est pas respectée dans beaucoup de régions peuplées d’ethnies minoritaires. «Cette pratique n’est plus compatible avec le XXIe siècle», a estimé le vice-ministre et chef adjoint du Comité des ethnies du gouvernement, Hà Hùng.

- Pourriez-vous nous informer de la situation concernant la pratique des mariages précoces dans les ethnies minoritaires ?

Dans les ethnies minoritaires, les mariages précoces s’expliquent par plusieurs raisons. C’est d’abord une pratique profondément ancrée dans les mœurs. La pauvreté de ces populations explique aussi cette situation. En effet, dans les villages isolés, les jeunes filles sont vues comme une main-d’œuvre bon marché par les familles qui manquent de travailleurs. Ensuite, l’inégalité entre les sexes fait souvent partie de leurs cultures (les filles et les femmes ont un statut inférieur à l’homme) et cela n’aide pas à remédier à la situation. Les filles sont souvent mariées jeunes parce qu’elles sont considérées comme un poids pour la famille.

Main dans la main pour mettre fin au mariage précoce ảnh 1Les jeunes filles qui se marient avant l’âge de 18 ans sont plus susceptibles d’abandonner l’école. Photo : TN/CVN

En outre, le faible niveau d’alphabétisation de ces populations et leur ignorance de la loi interdisant le mariage précoce posent problème. Dans certaines régions, la répartition des rôles entre les autorités locales dans l’application de cette loi reste trop floue et peu efficace.

- En quoi la pratique du mariage précoce dans les ethnies minoritaires a un impact négatif sur le développement socio-économique des régions montagneuses ?

Les mariages précoces provoquent des risques pour la santé. Les grossesses précoces sont dangereuses, à tel point que c’est la première cause de mortalité chez les 15 à 19 ans. Sans préparation physique ou même émotionnelle à donner naissance, les filles courent un risque de décès bien plus élevé lors de l’accouchement et elles sont davantage vulnérables aux traumatismes post-grossesse, telle que la fistule obstétricale par exemple. Elles sont également susceptibles de donner naissance à des bébés prématurés. Le taux de mortalité de leurs nouveau-nés est aussi anormalement élevé. Ainsi, les mariages précoces diminuent inéluctablement la qualité des ressources humaines.

Au-delà des problèmes de santé, les mariages précoces condamnent souvent les jeunes filles à la pauvreté et les empêche d’avoir la vie qu’elles auraient voulu avoir. Il s’agit d’une situation injuste. De plus le potentiel des filles est gâché alors qu’il pourrait être mis au profit du pays et de son développement socio-économique. Les jeunes filles qui se marient avant l’âge de 18 ans sont aussi bien entendu plus susceptibles d’abandonner l’école ou de subir des violences conjugales. Tout cela nuit indirectement à l’économie du pays.

- Quelles sont les solutions pour réduire le taux de mariage précoce dans les régions montagneuses, peuplées d’ethnies minoritaires ?

Main dans la main pour mettre fin au mariage précoce ảnh 2Les campagnes de sensibilisation dans les écoles pour lutter contre le mariage précoce sont indispensables. Photo : VNA

La lutte contre les mariages précoces est un travail de longue haleine pour le monde politique, qui demande  à chaque cadre du Parti, chaque organisation sociale, chaque collectivité d’être toujours plus vigilant sur ce sujet. En dehors du travail relatif à l’organisation et la gestion du développement socio-économique, les autorités centrales et locales doivent mettre l’accent sur les campagnes de sensibilisation et faire davantage connaître la loi sur l’interdiction du mariage dans les campagnes.

Avec l’engagement pris par le gouvernement sur la réduction des mariages précoces et des mariages consanguins dans les régions où vivent les ethnies minoritaires sur la période 2015-2025, le Comité des ethnies du gouvernement, en coopération avec les ministères et les provinces concernés, a mis en œuvre une série de mesures pour éradiquer ce fléau à l’horizon 2025.

Le Comité des ethnies, les ministères et les territoires concernés doivent coopérer pour créer une prise de conscience sur l’importance de lutter contre les mariages précoces à travers le respect de la loi. Les cadres chargés des affaires ethniques doivent être mieux formés pour améliorer l’efficacité de leur communication sur ce sujet. En outre, le Parti et le gouvernement doivent aussi investir davantage dans les infrastructures (électricité, route, école, station de santé) et mettre en œuvre les politiques en faveur du développement économique des régions où vivent des ethnies minoritaires afin d’améliorer leur niveau de vie.

J’ai la conviction que les mariages précoces et consanguins  chez les ethnies minoritaires reculeront quand leur niveau d’instruction et leurs conditions de vie s’amélioreront.

L’objectif du  projet sur la réduction des mariages précoces et consanguins dans les régions d’ethnies minoritaires pour la période 2015-2025 est de réduire chaque année de 2% à 3% le nombre de mariages précoces et de 3% à 5% le nombre de mariages consanguins dans les régions les plus touchées. 
   
* Donner plus d’autonomie aux jeunes filles

Selon Shoko Ishikawa, représentante en chef de l’ONU Femmes au Vietnam, la  clé pour  éradiquer  les  mariages précoces est de promouvoir l’autonomisation des femmes et des filles. Il faut leur donner accès aux services de santé, d’éducation et de justice, afin de combattre les raisons structurelles qui poussent les filles à se marier. En outre, les ministères et les organismes concernés doivent réserver un budget destiné à la protection et à l’émancipation des filles. – CVN/VNA

 

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