Table ronde "Usage des réseaux sociaux pour s’informer et processus d’élaboration des politiques", le 19 janvier à Hanoï.

Hanoi (VNA) - Les réseaux sociaux deviennent de plus en plus incontournables dans la vie moderne. Les multiples visages de ceux-ci, notamment celui qui peut être exploité pour l’élaboration des politiques, ont fait l’objet d’une table ronde organisée le 19 janvier à L'Espace - Institut français de Hanoï.

La table ronde sur la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés par les Vietnamiens et sur leur utilité dans l’élaboration des politiques a eu lieu le 19 janvier à L’Espace, en plein cœur de la capitale. Elle était animée par Arnaud Mercier, Professeur de l’Université Paris II Panthéon-Assas, Trân Thi Thanh Thuy, Docteure de l'Académie politique nationale de Hô Chi Minh, et Lê Hai Bình, Docteur de l’Académie diplomatique du Vietnam.

Pour entamer la séance, Trân Thi Thanh Thuy a posé la question : "Les Vietnamiens sont-ils accros aux smartphones et aux réseaux sociaux en particulier ?". La réponse n’a pas tardé à venir puisqu’au Vietnam, déjà dans le Top 20 mondial des plus grands utilisateurs d’Internet, les jeunes de 18 à 32 ans "représentent 80% des utilisateurs du pays". Autre statistique choquante : ces jeunes consacrent en moyenne 2,5 heures par jour aux réseaux sociaux.

Par la suite, Arnaud Mercier a ajouté que l’accro des smartphones était un phénomène universel, "qui favorise en fait l’écosystème des réseaux sociaux". Et le Professeur de l’Université Paris II d’appuyer ses propos en insistant sur le fait que chaque réseau social s’intéresse à certaines catégories de clients que les gouvernants tentent de cerner, ce qui représente pour leurs équipes un travail absolument colossal. Cependant, les plus grands réseaux sociaux en France tels que Facebook, Snap ou Whatsapp ne servent pas prioritairement à la diffusion des informations politiques.

Un outil à double tranchant

La deuxième partie de la séance était consacrée à l’utilisation des réseaux sociaux pour la diffusion des politiques du pays.

Lê Hai Binh se considère lui-même comme "un jeune débutant dans les réseaux sociaux" qui cherche toujours à comprendre "leurs propres règles".

"Ils détournent largement notre manière de lecture, donc, bien sûr, notre manière de rédiger les informations. Les journaux et agences de presse traditionnels ont été gravement touchés par ce mouvement mais ils ont également su en tirer profit, de sorte que depuis quelques années, ils ouvrent leur compte en ligne pour poster, actualiser les nouvelles via ces réseaux sociaux. Mais la question de l’efficacité reste d’actualité", a indiqué Lê Hai Binh.

Arnaud Mercier a confirmé que la nécessité pour les journaux d’actualiser les nouvelles via les réseaux sociaux semblait "évidente". Cependant, il se doute que les interactions avec les utilisateurs nécessitent que les administrateurs mettent en place un filtre sévère, ce pour éviter qu’il y ait de trop de débordements. "J’ai rencontré des gens qui se mobilisent énormément sur tous les réseaux sociaux, qui encouragent plusieurs campagnes en ligne, mais ils sont timides et n’ont presque aucun ami dans la vraie vie. Il faut faire attention à ces gens-là, car ils peuvent mal diriger les politiques en les traitant sous un angle erroné qui relève de l’imposture !".

Trân Thi Thanh Thuy s’est dite d’accord avec cette remarque, en disant que ces "portraits digitaux" constituent le plus grand problème dans l’élaboration des politiques du pays. Elle a d’ailleurs indiqué que même si les journaux vietnamiens, en règle générale, accéléraient le processus de numérisation de leurs produits, ceux-ci ne devaient pas confondre vitesse et précipitation. Et de suggérer que les réseaux sociaux s’intéressent simplement "aux divertissements, aux brèves et aux jeux", et qu'ils ne servent pas d’outil de consultation, de débat, pour l’élaboration des politiques.

"Les politiques ont leurs propres sites d’élaboration, que sont les administrations et les institutions politiques. S’il est nécessaire de parler des politiques prises, de manière journalistique, sur les réseaux sociaux, les publier dans leur intégralité ne semble pas pertinent. Les personnes qui s’y intéressent pourront toujours lire l’intégralité de leur contenu sur des sites ou dans des revues spécialisés", a-t-elle conclu. -CVN/VNA