Hanoi (VNA) – Pour de nombreux visiteurs, Trà Su est un paisible labyrinthe de canaux verdoyants et d’imposants cajeputiers. Mais sous cette surface tranquille se cache une zone humide vivante, soigneusement protégée jour et nuit afin de préserver l’un des écosystèmes les plus fragiles du delta du Mékong.
S’étendant sur plus de 1.050 hectares dans la province méridionale de An Giang, la forêt de cajeputiers de Trà Su joue un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité des zones humides et le maintien de l’équilibre écologique du haut delta du Mékong.
Reconnue comme paysage protégé depuis 2005, la forêt est devenue un bastion de la conservation et une destination écotouristique de premier plan.
Derrière ses cours d’eau paisibles et ses luxuriants cajeputiers se cache le travail constant, souvent invisible, des gardes forestiers chargés de protéger l’une des zones tampons naturelles les plus importantes du delta.
Trà Su fait partie du système de forêts à usage spécifique du Vietnam et se situe à proximité de la frontière du Sud-Ouest du pays.
Son écosystème de zones humides abrite une grande diversité d’espèces végétales et animales, dont plusieurs figurent sur la Liste rouge du Vietnam.
La zone contribue également à la régulation des crues, à la résilience climatique et à la sécurité environnementale des zones agricoles environnantes.
Vigilance discrète
À la mi-décembre, alors que les eaux de crue se retirent progressivement et que la mousson du nord-est apporte un air plus frais au delta, les patrouilles des gardes forestiers intensifient leur travail au sein de la zone centrale strictement protégée de la forêt.
L’accès à cette zone est limité et rigoureusement contrôlé.
Les gardes forestiers se déplacent d’abord le long des digues périphériques avant d’utiliser de petites barques à rames pour naviguer dans les étroits canaux situés profondément sous la canopée des cajeputiers.
Selon Nguyên Thai Trong, agent de protection des forêts du Comité de gestion forestière de An Giang, la structure d’occupation des sols de Trà Su reflète la complexité d’une zone humide aménagée.
Le paysage comprend des forêts de cajeputiers plantées sur un sol acide, des terres ouvertes et des surfaces d’eau inondées de façon saisonnière, des terres agricoles et une zone de services plus petite dédiée aux activités d’écotourisme. Un zonage fonctionnel divise la zone en sous-zones strictement protégées, de restauration écologique et de services administratifs.
Malgré son statut de protection, la forêt continue de subir la pression d’activités illégales. « La chasse aux oiseaux et la pêche illégale persistent, et les méthodes employées sont de plus en plus difficiles à détecter », a déclaré Nguyên Thai Trong.
La forêt borde des rizières et des zones résidentielles, et le nombre de gardes forestiers est limité par rapport à sa superficie. Les patrouilles nocturnes comptent parmi les tâches les plus exigeantes, les gardes se déplaçant souvent sans lumière ni bruit pour éviter d’être repérés.
Les rencontres avec des braconniers peuvent être dangereuses, car certains sont armés de couteaux et d’outils de chasse artisanaux. Avec un équipement minimal, les gardes forestiers s’appuient fortement sur leur expérience et la coordination avec les autorités locales pour assurer la sécurité et le respect de la réglementation.
La prévention des incendies est une préoccupation constante.
Durant la saison sèche, la végétation dense au sol et les feux de champs avoisinants augmentent considérablement le risque d’incendie. Les gardes forestiers doivent rester en alerte permanente, car même une petite étincelle peut causer d’importants dégâts en période de sécheresse.
Lâm Van Xuong, un agent de protection des forêts, a déclaré que depuis début 2025, son unité avait détecté de nombreux cas d’intrusion illégale et empêché plusieurs entrées non autorisées. Les dossiers ont été transmis aux autorités compétentes pour suite à donner.
Il a souligné que le changement climatique engendrait de nouveaux défis : des saisons sèches plus longues, une diminution plus rapide des ressources en eau et des précipitations de plus en plus irrégulières modifient les habitats et perturbent les comportements de la faune sauvage.
Zone humide vivante
Situé à une dizaine de kilomètres de la frontière entre le Vietnam et le Cambodge et à environ 15 km du Mékong, Trà Su est directement influencé par le cycle annuel des crues du fleuve. Ces inondations naturelles sont essentielles à la biodiversité et à la productivité de la forêt.
La zone abrite des dizaines d’espèces d’oiseaux, dont des oiseaux d’eau rares et menacés, ainsi que des mammifères, des reptiles et des amphibiens adaptés aux milieux humides.
La biodiversité aquatique y est particulièrement riche, avec une grande variété d’espèces de poissons qui jouent un rôle important dans le maintien de l’équilibre écologique et contribuent à la recherche scientifique.
Trà Su est également devenu l’un des principaux sites d’écotourisme d’An Giang, attirant des centaines de milliers de visiteurs chaque année. Les activités touristiques sont toutefois limitées à des zones désignées afin de minimiser les perturbations écologiques.
Selon Trân Nguyên Khang, directeur adjoint du Comité de gestion forestière de An Giang, les plans actualisés définissent clairement les zones fonctionnelles au sein du paysage protégé, ainsi qu’une zone tampon de plus de 1.150 hectares s’étendant sur les communes voisines. Ces zones tampons sont essentielles pour réduire la pression humaine sur le cœur de la forêt et pour impliquer les communautés locales dans les efforts de conservation.
À l’avenir, le Comité de gestion prévoit de renforcer sa coopération avec les autorités locales et les organismes compétents afin de mieux sensibiliser le public à la réglementation en matière de protection des forêts, de prévenir le braconnage et la pêche illégale, et de réduire la pollution environnementale.
La prévention et la lutte contre les incendies demeurent une priorité, notamment lors des périodes de sécheresse prolongées.
Parallèlement, le Comité de gestion vise à développer des sources de revenus durables issues de l’écotourisme et des services forestiers, afin que les recettes générées par le site puissent être réinvesties dans la conservation et la gestion.
Des mécanismes sont également mis en place pour permettre aux communautés de la zone tampon de participer aux activités de protection des forêts, de prévention des incendies et d’écotourisme.
En combinant une protection stricte, l’implication des communautés locales et une utilisation durable, Trà Su devrait continuer de servir d’écosystème de zone humide représentatif de la région ouest de la rivière Hâu, tout en contribuant à la coopération régionale en matière de conservation dans le bassin inférieur du Mékong. – VNA