Le Vietnam se lance dans les satellites en orbite basse

Le Vietnam ambitionne de maîtriser la technologie des satellites en orbite basse, de développer ses propres services de télécommunications et de s’intégrer dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du spatial.

Image de simulation de de satellite LOTUSat-1. Photo : NEC
Image de simulation de de satellite LOTUSat-1. Photo : NEC

Hanoi (VNA) – À l’heure où les grandes puissances multiplient les investissements dans les satellites en orbite basse (LEO - Low Earth Orbit), le Vietnam ne compte pas rester en marge de cette révolution technologique.

Les États-Unis en tête de la course

Les États-Unis dominent actuellement le marché des satellites LEO. Grâce au programme de développement commercial de l’orbite basse de la NASA, le pays soutient activement l’essor de ce secteur, largement porté par des entreprises privées comme SpaceX (Starlink), Amazon (Project Kuiper) et OneWeb en collaboration avec le Royaume-Uni.

SpaceX a déjà injecté des milliards de dollars dans le développement de Starlink, avec un coût de lancement estimé à 50-60 millions de dollars par mission. À terme, la constellation Starlink devrait compter 42 000 satellites pour un investissement total de 20 à 30 milliards de dollars. Aujourd’hui, Starlink représente plus de 7 000 des 8 000 satellites LEO actifs dans le monde.

De son côté, Amazon prévoit d’investir 10 milliards de dollars dans son projet Kuiper, qui ambitionne de déployer 3 236 satellites d’ici 2029. Eutelsat OneWeb, quant à lui, a déjà mis en orbite 654 satellites de première génération et s’apprête à en fabriquer 100 nouveaux grâce à un contrat signé avec Airbus en décembre 2024, avec une livraison prévue à partir de fin 2026.

La Chine ne reste pas en retrait : le 11 février 2025, elle a lancé avec succès la fusée Longue Marche 8A pour déployer de nouveaux satellites LEO. Son projet « GW » (Guowang), mené par China Satellite Network Group, ambitionne de placer 13 000 satellites en orbite d’ici dix ans, pour un coût estimé entre 10 et 15 milliards de dollars.

L’Inde, autre acteur majeur du spatial, investit 1 à 2 milliards de dollars par an via l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO), notamment dans des satellites LEO comme Cartosat et RISAT, destinés à l’observation terrestre et aux communications.

L’Union européenne n’est pas en reste avec IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), un projet de constellation LEO doté d’un budget de 6 milliards d’euros d’ici 2030. Coordonné par la Commission européenne et l’Agence spatiale européenne (ESA), IRIS² implique des acteurs de premier plan comme Airbus (France) et l’Allemagne.

Le Vietnam à son tour entre en scène

Le 19 février 2025, l’Assemblée nationale du Vietnam a voté la Résolution sur le pilotage d'un certain nombre de politiques et de mécanismes spécifiques pour créer des percées dans le développement des sciences, de l’innovation technologique et de la transformation numérique. Un des axes majeurs de cette politique est l’expérimentation encadrée des services de télécommunications via satellites LEO.

Cette initiative permettra d’ouvrir le marché vietnamien aux investissements étrangers, sans limitation de participation dans les entreprises exploitant ces technologies, tout en garantissant la sécurité et la souveraineté nationale. Un système de licences spécifiques sera mis en place pour réglementer l’utilisation des fréquences radio et des équipements satellitaires. Ce projet pilote sera supervisé par le Premier ministre et devra s’achever avant le 1er janvier 2031.

Grâce à cette stratégie proactive, le Vietnam ambitionne de maîtriser la technologie des satellites en orbite basse, de développer ses propres services de télécommunications et de s’intégrer dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du spatial.

Le Vietnam prévoit de lancer LOTUSat-1 en 2025, dans le cadre du projet de prévention des catastrophes naturelles et du changement climatique. Ce satellite d’observation de la Terre sera opéré pendant cinq ans par le gouvernement vietnamien, après son transfert de gestion par le Japon.

Le pays a déjà accumulé une certaine expérience en la matière. En 2018, le Microsat-1, dédié à l’étude environnementale et à la surveillance des ressources naturelles, avait été mis en orbite avec le soutien de l’Inde (ISRO). Avant cela, en 2013, le VNREDSat-1, satellite d’observation terrestre, était lancé pour surveiller l’agriculture, la forêt et les impacts du changement climatique.

Aujourd’hui, le Vietnam exploite principalement de petits satellites en orbite basse sous la supervision de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies (VAST). VNPT, principal opérateur télécoms du pays, possède et gère deux satellites géostationnaires, Vinasat-1 (lancé en 2008) et Vinasat-2 (2012), dédiés aux communications, mais situés en orbite géostationnaire (GEO) à 36 000 km d’altitude, loin des orbites LEO.

De son côté, Viettel a proposé en 2021 un projet d’Internet satellitaire basé sur la technologie LEO, similaire à Starlink (SpaceX). L’objectif est de fournir un accès Internet rapide et à faible latence aux zones isolées et aux îles vietnamiennes, où les infrastructures terrestres restent limitées. Ce projet permettrait également au Vietnam de réduire sa dépendance aux services de satellites étrangers.

En septembre 2024, SpaceX a d’ailleurs manifesté son intérêt pour le Vietnam, évaluant le marché de l’Internet satellitaire comme prometteur. L’entreprise d’Elon Musk prévoit d’y investir 1,5 milliard de dollars dans les années à venir. – NDEL/VNA

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