Le Têt sous le pinceau de Bùi Xuân Phai

Le peintre Bùi Xuân Phai (1920-1988) est surtout connu pour ses scènes de «vieilles rues» de la capitale. Le Têt a aussi beaucoup inspiré l’artiste, fierté de la peinture moderne vietnamienne.

Hanoi (VNA) - Le peintre Bùi Xuân Phai (1920-1988) est surtout connu pour ses scènes de «vieilles rues» de la capitale. Le Têt a aussi beaucoup inspiré l’artiste, fierté de la peinture moderne vietnamienne.

Le Têt sous le pinceau de Bùi Xuân Phai ảnh 1Le lettré. Photo: CVN

C’est en 1957 que les premiers dessins et peintures du Têt de Bùi Xuân Phai sont apparus, avec comme thèmes de prédilection des lettrés, des ivrognes, des natures mortes... L’artiste aimait particulièrement l’image du lettré, personnage principal d’œuvres telles Ông dô dat khach (Le lettré apprécié des clients), Ông dô ê (Le lettré en période de mévente) et Ông dô say (Le lettré ivre).

Après la réunification du pays en 1975, un changement intervient dans ses peintures du Têt. Les tons sombres laissent la place à des gammes de couleurs vives. Les thèmes évoluent aussi. La joie de la libération du pays semble revigorer le peintre. C’est à cette période qu’il se met à créer des cartes de vœux. Il était ému de recevoir celles du Sud, bien différentes de celles du Nord car influencées par le style occidental. Bùi Xuân Phai a créé ses propres cartes de vœux, qui ne ressemblaient ni à celles du Nord, ni à celles du Sud, qu’il adressait à ses amis. Il les dessinait d’une manière soudaine, quand l’inspiration jaillissait.

Souvent, c’était l’animal de l’année - du calendrier lunaire - qui était en vedette. Toutefois, ce principe n’était pas toujours respecté, en particulier l’Année du Rat. L’artiste avait en horreur ces rongeurs contre lesquels il devait batailler pour protéger ses toiles remisées dans sa modeste maison de la rue Thuôc Bac. Alors, au lieu de dessiner un rat, il peignait une belle jeune femme… L’Année du Dragon, ses amis se souviennent aussi de ses cartes étranges où l’artiste avait transformé le dragon en une sirène avenante. Parmi les 12 animaux du zodiaque vietnamien, c’était le cheval et le chat que Bùi Xuân Phái préférait.

Le Têt sous le pinceau de Bùi Xuân Phai ảnh 2Carte de vœux du Nouvel An. Photo: CVN

Bùi Xuân Phai était avant tout le peintre de Hanoi, de ses venelles étroites, de son vieux quartier. Son amour pour la capitale transpire dans toutes ses œuvres, et même dans une simple carte de vœux où le Lac de l’Épée ou la Tour de la tortue sont peints avec une minutie de détails et une sensibilité exacerbée.

Âme sensible, Bùi Xuân Phai comprenait la nostalgie que ressentaient ses amis hanoïens partis vivre dans le Sud. Alors, pour leur faire plaisir et adoucir leur chagrin, il leur transmettait l’ambiance effervescente du Têt à travers ses cartes de vœux.

Le Nouvel An lunaire était pour le peintre l’occasion d’arpenter les marchés aux fleurs. Il se mêlait à la foule pressée et croquait des scènes de vie. Il s’est même représenté sur une gouache, en une sorte d’aventurier parmi la foule : il se tient dans un coin, carnet de croquis en main, et regarde la vie qui s’écoule.

Illustrateur des Unes des journaux du Têt

Dans les années 70, le peintre était connu pour ses dessins des Unes des journaux du Têt. Ce travail n’était pas pris à la légère et souvent confié à des peintres connus. De 1970 à 1988, il a travaillé régulièrement pour les journaux du Têt comme Van nghê (Revue des Arts et des Lettres), Nguoi Ha Noi (Le Hanoien), Tap chi Sân khâu (Revue de Théâtre), etc. Bùi Xuân Phai n’avait pas son pareil pour décrire l’ambiance du Têt via les estampes populaires de Dông Hô qu’il revisitait, de jeunes filles portant des brassées de fleurs, des natures mortes aux fruits… avec une explosion de couleurs. Ces œuvres colorées et vivantes restituaient à merveille ce qu’est avant tout le Têt : une ode à l’arrivée du printemps, à la renaissance de la végétation, fêtée joyeusement et avec confiance en l’année qui débute.

Le Têt sous le pinceau de Bùi Xuân Phai ảnh 3Une œuvre pour la couverture d’un journal du Têt. Photo: CVN

Bùi Xuân Phai a aussi créé les cartes d’invitation du mariage de son fils. Une cinquantaine, aucune identique à l’autre. De nombreuses personnes conservent encore ces œuvres inestimables. Récemment, l’un d’entre elles a été achetée par un collectionneur étranger au prix de 4.700 dollars. Certainement la carte d’invitation la plus chère du monde!

Les peintures du Têt, les cartes de vœux ou les faire-part de mariage créés par Bùi Xuân Phai sont des œuvres peu connues qui témoignent de la créativité et du talent de ce peintre hanoïen, dont la silhouette longiligne manque dans les ruelles de la capitale, surtout dans le quartier des 36 anciennes rues qu’il aimait tant parcourir. – CVN/VNA

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