Le Génie de la forêt, un culte entre histoire et magie

À la différence des autres ethnies minoritaires dans les montagnes du Nord, les Nùng célèbrent à leur façon leur Génie. Une fête traditionnelle, avec ses rites précis qui s’organise dans la forêt.

Hanoi (VNA) - À la différence des autres ethnies minoritaires présentes dans les montagnes du Nord, les Nùng célèbrent à leur façon leur Génie. Une fête traditionnelle, avec ses rites précis, qui s’organise dans la forêt une fois le printemps arrivé.

Le Génie de la forêt, un culte entre histoire et magie ảnh 1Un buffle est sacrifié. On utilise le sang de l’animal pour cuire le riz qui sera offert en guise de repas au Ciel. Photo : BHG/CVN

«Comme une mère, la forêt nous accorde de la nourriture et de l’affection. En contrepartie, nous avons à la défendre pour lui rendre grâce». Animés par cette maxime  transmise de génération en génération, les Nùng - une des ethnies minoritaires peuplant les districts montagneux de Hoàng Su Phi et Xin Mân, dans la province de Hà Giang à l’extrême Nord du Vietnam) - consacrent chaque année une journée entière au printemps à vénérer le Génie de la Forêt.

«La cérémonie dédiée à notre Génie tutélaire, Hoàng Van Thung, doit être la plus importante de l’année», affirme un patriarche dans la commune de Pô Lô où siège le Temple du Génie. Il raconte l’histoire légendaire des Nùng dont les habitats se nichent traditionnellement sur les versants escarpés des montagnes.

Un rite pour repousser les agresseurs

Il était une fois... les Nùng. Ces derniers vivaient en communauté dans une région montagneuse, couverte d’ancestrales futaies. Un jour, leur vie des plus paisibles fut bouleversée suite à l’attaque d’agresseurs venus du Nord. Les scènes de massacre, pillages et de destruction laissent place à la désolation mais surtout soulève l’indignation des autochtones. Menés par le chef du village Hoàng Van Thung, ils se décidèrent à riposter. Les combats, bien qu’acharnés, étaient malheureusement des plus inégaux, les troupes ennemies étant bien mieux équipées et armées. Au bout d’une semaine, les Nùng n’eurent guère le choix que de se retirer dans la forêt profonde, emmenant avec eux buffles, cochons et autres volailles.

Encerclés jours et nuits par les agresseurs, les Nùng succombèrent les uns après les autres, morts de soif, de maladie ou suite à leurs blessures. Avant de pousser son ultime soupir, le patriarche Hoàng Van Thung, gravement malade, prononça ses dernières recommandations à l’encontre de ses sujets. Il faut abattre un buffle, et utiliser son sang à la place de l’eau pour cuisiner du riz qui sera offert en guise de repas au Ciel. Ce dernier leur accordera en échange protection et soutien pour vaincre l’ennemi.

Par miracle, la cérémonie de culte à peine terminée, le Ciel envoya une troupe céleste sur place, aidant les Nùng à expulser les agresseurs hors du pays. En reconnaissance des précieux conseils de Hoàng Van Thung, appelé désormais le Génie tutélaire des Nùng ou le Génie de la Forêt, les locaux érigèrent dans la forêt un temple dédié à son culte. Et ainsi, de le vénérer chaque année à l’arrivée du printemps.

Un règlement strict à observer

Le Génie de la forêt, un culte entre histoire et magie ảnh 2Chaque année, une journée entière au printemps est consacrée à vénérer le Génie de la forêt. Photo : DL/CVN

La fête sacrée attire tous les villageois, et dès l’aube, toutes les familles dans la commune de Pô Lô, représentées par les hommes, apportent leurs présents au temple. Ces offrandes sont des produits que l’on trouve typiquement dans tous les foyers, tels que le riz, l’alcool, le poulet, le canard, les légumes et fruits frais. Mais à cela s’ajoutent les offrandes principales de l’ensemble de la communauté : un gros buffle, un cochon potelé, et quatre coqs dodus. Et sans oublier le riz gluant, encens, objet votifs en papier et bien d’autres fleurs posés sur l’autel.

Le rite peut commencer. Le cérémoniaire, qui est souvent un vénérable sorcier, allume des bâtons d’encens et les plante dans le brûle-parfum, joint les mains devant la poitrine, et murmure des prières. Il implore le retour du Génie tutélaire et sa protection pour la santé des villageois, le climat favorable aux cultures, la récolte abondante et la prospérité du pays des Nùng.

La première phase de culte achevée, les villageois abattent les animaux sur le terrain, allument le feu et préparent un repas copieux à offrir au Ciel et au Génie. Le plateau chargé des plats savoureux est ensuite placé sur l’autel, auquel s’ajoutent obligatoirement les têtes, queues et pieds du buffle et du cochon. C’est alors que tout le monde se prosterne devant le temple, alors que le sorcier célèbre la seconde phase rituelle.

Après la cérémonie démarre la procession solennelle, amenant le Génie au village. Il y règne déjà une atmosphère de fête grâce aux préparatifs réalisés par les femmes. Un festin est ensuite préparé, avec les «largesses» provenant du Génie, pour tout le monde. Ils font bombance, dans la joie et l’allégresse. Mais attention, il ne faut pas oublier le règlement de la communauté qui doit être strictement observé en ce jour sacré : il faut s’abstenir de dire des gros mots, de faire de mauvaises actions, de souiller la voie publique, de troubler l’ordre social ou de se soûler.

La fête printanière des Nùng se poursuit jusqu’à la tombée de la nuit, animée par toutes sortes d’activités de divertissements : jeux populaires, danses et chants folkloriques… L’occasion pour les montagnards d’exprimer leur vénération aux ancêtres et de resserrer leur union communautaire. – CVN/VNA

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