Le chant dô, une perle précieuse de la culture nationale

Si les chants folkloriques then, xoan, ca trù, đon ca tài tu - inscrits dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO - sont souvent mentionnés, le dô est bien plus rare et moins connu.

Hanoi, 10 janvier (VNA) - Si les chants folkloriques then, xoan, ca trù, đon ca tài tu - inscrits dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO - sont souvent mentionnés, le dô est bien plus rare et moins connu, courant le risque de disparaître.

Le chant dô, une perle précieuse de la culture nationale ảnh 1Lors d’un entraînement d’interprétation du chant "dô" dans la commune de Liêp Tuyêt, district de Quôc Oai, à Hanoï.

Photo : CVN

Étant un chant folklorique et rituel des habitants de la commune de Liêp Tuyêt, district de Quôc Oai, en banlieue de Hanoï, le dô diffère des autres airs populaires vietnamiens par la fréquence à laquelle on l’interprète. Si la grande majorité se chantent à n’importe quel moment de l’année, au gré des envies ou des saisons, le dô n’était traditionnellement interprété que tous les… 36 ans selon la coutume, du 10e au 15e jours du 1er mois lunaire.

La dernière véritable fête du chant dô a eu lieu en 1926. Et il  a fallu attendre jusqu’en 1990, soit après 64 ans d’absence, pour que ces airs soient de nouveau représentés dans le cadre d’un programme de restauration et de préservation des anciennes richesses culturelles et artistiques nationales.

Des airs légendaires

Ce chant est lié à la fête du temple de Khánh Xuân, vouant un culte au génie de la montagne Tan Viên. Selon la légende, un jour, le génie de cette montagne - Tan Viên, l’un des quatre immortels de la croyance populaire du Vietnam, s’arrêta à Lap Ha (aujourd’hui commune de Liêp Tuyêt) pour admirer ses paysages sublimes. Constatant que les habitants de cet endroit étaient forts et travailleurs, il leur enseigna la culture du riz et du maïs ainsi que des techniques d’irrigation et la construction de digues. Lorsqu’il eut terminé, il quitta Lap Ha et leur promit de revenir lorsque le riz serait mûr. Cette année-là, les villageois obtinrent d’ailleurs une très bonne récolte. 

Or, le temps passait et les villageois attendaient désespérément le retour de leur bienfaiteur à l’approche de chaque récolte, en vain. Le génie ne refit son apparition que 36 ans après sa première visite et se montra particulièrement satisfait de la prospérité des habitants qu’il avait aidés. Ceux-ci bâtirent le temple de Khánh Xuân, également appelé Xuân Ca Cung (palais où l’on interprète des airs au printemps), pour lui rendre un culte et organiser des fêtes de chants. Le génie leur enseigna des airs et le chant dô vit ainsi le jour.

Afin d’exprimer leur reconnaissance envers leur génie, les habitants de la commune de Liêp Tuyêt tiennent la fête du chant dô tous les 36 ans. Les airs enseignés par le génie sont transcrits dans un livre et ne sont chantés que pendant la fête. La croyance veut que le livre soit immédiatement rangé une fois la fête terminée et qu’il serait bien dangereux pour celui qui s’y risquerait de rechanter le dô en dehors des moments consacrés. En effet, briser cet interdit condamnerait le chanteur indiscipliné à la paralysie faciale ou au mutisme total… Ainsi, la conséquence de cette croyance a été tout aussi malheureuse pour le dô lui-même : par peur de le chanter, il a bien failli disparaître.

Une grande créativité

Dès le 8e mois lunaire, le temple est ouvert pour que les villageois sollicitent au génie la permission d’ouvrir le livre des paroles. Les chanteurs sont eux sélectionnés parmi les jeunes qui n’ont commis aucun crime et dont aucun des proches n’est décédé pendant cette année-là. Avec une quarantaine d’airs différents, le dô se répartit en deux sous-types : les chants sacrés et les chants romantiques. Le premier est chanté strictement lors des fêtes dans les temples et pagodes, tandis que le second se penche sur l’amour, les rêves des travailleurs et la croyance en un monde surnaturel. Une fête typique du dô comprend des chants et des danses.

La troupe compte un ou deux conducteurs et entre 8 et 20 chanteuses qui les accompagnent en dansant. Les paroles sollicitent le génie pour qu’il leur apporte bonheur et prospérité dans leur vie quotidienne. D’après le Pr-Dr. Tô Ngoc Thanh, président de l’Association des arts populaires du Vietnam, "le dô est une merveilleuse création humaine. Il s’agit vraiment d’une perle précieuse du patrimoine culturel national à préserver, à transmettre de génération en génération et à valoriser sur le long terme".

En effet, selon des personnes âgées de Liêp Tuyêt, le dô a presque été complètement oublié jusqu’aux années 1990.

Réviser ses gammes

Le chant dô, une perle précieuse de la culture nationale ảnh 2Le "dô" est un chant folklorique et rituel des habitants de la commune de Liêp Tuyêt, district de Quôc Oai, à Hanoï.

Photo : CTV/CVN

Heureusement, ce chant est devenu un exemple de restitution de précieux airs populaires ces dernières années. Certains habitants de Liêp Tuyêt, comme Nguyên Thi Lan, présidente du Club de dô de la commune, ayant un fort désir de restauration et de conservation de ce chant, ont bravé les interdits traditionnels afin de le remettre sur scène, grâce au soutien des aïeuls de la commune pour retrouver les airs, les chants et les danses. "Changer la mentalité sur ces croyances, collectionner des airs anciens et s’entraîner afin de restituer un art traditionnel constituent toutefois un long processus qui ne sont pas faciles", exprime Nguyên Thi Lan.

En 1989, avec des cadres locaux chargés de la culture, elle est allée encourager les personnes âgées qui avaient connu le dô à le faire revivre mais elle s’est surtout frottée à un refus unanime, de peur de voir le village se faire punir par le génie. Mme Lan est tout de même parvenue à les convaincre en amenant les habitants à demander l’autorisation à leur génie de chanter le dô lors d’autres fêtes et occasions, ce qui a fonctionné.

Fondé en 1990, le Club de dô de la commune de Liêp Tuyêt compte aujourd’hui une vingtaine de membres. Après 30 ans depuis le premier cours de chant, un millier de personnes l’ont pratiqué et interprété. Cela lui a permis de devenir l’une des activités culturelles et spirituelles préférées des habitants puis du monde des arts traditionnels. Le chant est mis en avant lors de spectacles à Hanoï et d’autres localités. En 2003, le Club du chant dô de Liêp Tuyêt a été reconnu comme "une des adresses prestigieuses de l’art populaire". Le collège de Liêp Tuyêt a en outre introduit son interprétation dans son programme extra-scolaire.

Et pourtant, tous les efforts consentis ne semblent plus suffire. Le chant se revoit menacé de disparaître par manque de moyens permettant sa restauration et sa professionnalisation. Les amateurs attendent le jour où la fête du dô sera de nouveau organisée, où ses airs seront valorisés et mieux présentés à tous les Vietnamiens comme aux étrangers. - CVN/VNA

source

Voir plus

Mise en chantier du musée de Truong Sa. Photo: VNA

Musée de Truong Sa : un hommage aux générations ayant préservé la souveraineté nationale

La première pierre du musée de Truong Sa a été posée le 29 avril dans la province centrale de Khanh Hoa, en présence du vice-président de l’Assemblée nationale Nguyen Khac Dinh, dans le cadre des célébrations du 51e anniversaire de la Libération du Sud et de la Réunification nationale, pour un projet appelé à devenir un symbole majeur de la mémoire nationale et de la souveraineté maritime du Vietnam.

Nguyên Khuê Thu couronnée Mrs Earth Vietnam 2026. Photos: Comité organisateur

Des roses sans épine pour Mrs Earth Vietnam 2026

La finale de Mrs Earth Vietnam 2026 a eu lieu le 28 avril à l’Opéra Hô Guom, à Hanoi, avec la victoire de Nguyên Khuê Thu qui représentera le Vietnam à Mrs Earth International 2026.

Des photographes internationaux visitent l’ancien village de Thô Hà. Photos : thuonghieucongluan.com.vn

Rencontre photographique la PSA : l’ancien village de Thô Hà en son fort intérieur

Dans le cadre de ce programme, des photographes internationaux ont exploré et travaillé dans divers lieux autour du vieux village de Thô Hà, notamment des complexes de temples et de pagodes, des ruelles étroites, des maisons anciennes, des portes du village et des embarcadères, ainsi que des scènes de la vie quotidienne et de la culture culinaire locale.

Au nom de la délégation vietnamienne, l'ambassadrice Nguyen Thi Van Anh, cheffe de la mission permanente du Vietnam auprès de l'UNESCO, a reçu le certificat de re-reconnaissance du géoparc mondial de Non Nuoc Cao Bang. Photo : VNA

L’UNESCO continue d’honorer le Géoparc mondial de Non Nuoc Cao Bang

Consécration pour le patrimoine naturel : le 27 avril à Paris, l'UNESCO a mis à l'honneur de nouveaux sanctuaires géologiques tout en renouvelant sa confiance à 44 sites d'exception. Lors de cette cérémonie, le joyau vietnamien de Non Nuoc Cao Bang a vu son statut de Géoparc mondial brillamment confirmé.

L'équipe nationale vietnamienne des moins de 17 ans reçoit un accueil chaleureux de la part des supporters dès son retour au pays le 26 avril. Photo: VNA

Championnat U17 de l'ASEAN : Retour triomphal des jeunes Vietnamiens après leur sacre

L'équipe vietnamienne des moins de 17 ans affiche une forme impressionnante, restant invaincue lors de ses 16 derniers matchs, avec 12 victoires et 4 nuls. Elle a inscrit 59 buts et n'en a encaissé que 4, démontrant un équilibre entre puissance offensive et organisation défensive – des facteurs clés avant une compétition continentale.

Le temple de Van Thuy Tu, situé au quartier de Phan Thiet, s'impose comme une destination incontournable pour les visiteurs souhaitant découvrir le culte du génie Nam Hai (génie de la Baleine). Photo: VNA

Lam Dong : les édifices patrimoniaux, piliers de l’attractivité touristique

Bien plus que de simples lieux de culte dédiés au génie de la Baleine, aux divinités de la mer ou aux ancêtres fondateurs, les maisons communes et temples situés le long du littoral de la province de Lam Dong constituent des réservoirs essentiels de la mémoire collective et des croyances des communautés de pêcheurs.

Le soir du 3 mai 2025, au stade provincial de Dien Bien Phu, le Comité populaire de la province de Dien Bien a organisé un programme artistique spécial, en l'honneur du 50e anniversaire de la Libération du Sud et de la réunification nationale, du 71e anniversaire de la victoire de Dien Bien Phu, ainsi que du 135e anniversaire de naissance du Président Ho Chi Minh. Photo: VNA

Accorder une attention particulière à la formation des talents des arts traditionnels

La Résolution n°80 du Bureau politique, adoptée le 7 janvier 2026, met l’accent sur la mise en place de mécanismes spécifiques pour détecter, former, valoriser et employer les talents culturels et artistiques, en particulier dans les arts traditionnels, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour la préservation et le renouveau de ces disciplines.

Haches de pierre découvertes dans la grotte Én. Photo : Musée de la province de Quang Tri

Cinq haches de pierre préhistoriques refont surface à Phong Nha-Ke Bàng

Les premières analyses suggèrent que les haches de pierre datent d’il y a environ 6.000 à 8.000 ans, soit du Néolithique, et sont associées à la culture de Bau Tro, une culture archéologique du Néolithique final du Centre du Vietnam datant d’il y a environ 5.000 à 8.000 ans, connue grâce aux outils en pierre et aux poteries mis au jour dans la province de Quang Bình.

Une exposition consacrée au roi Hàm Nghi offre aux jeunes générations une meilleure compréhension de l’histoire et de la culture nationales, les sensibilisant ainsi davantage à la préservation et à la valorisation du patrimoine. Photo: VNA

Les classes ouvertes cultivent l’amour des jeunes pour le patrimoine

Au fil des ans, le Centre de conservation des monuments de Huê s’est imposé comme un chef de file national en matière d’éducation patrimoniale en milieu scolaire. Il a mis en place des modèles novateurs qui transforment les sites patrimoniaux en « classes ouvertes » et en outils pédagogiques dynamiques.