Hanoï, 2 mai (VNA) - L’économie de la région ASEAN + 3 devrait rester résiliente malgré les risques mondiaux accrus et les vents contraires extérieurs, a estimé le rapport annuel sur les perspectives économiques régionales du Bureau de la recherche macroéconomique de l’ASEAN + 3 (AMRO).

Construction automobile à Hiroshima au Japon. Photo : EPA/VNA

Selon ce rapport publié mercredi 1er mai, la croissance régionale devrait légèrement ralentir pour s'établir à 5,1% cette année et à 5% en 2020, soit légèrement inférieur à celui de 2018.

Le Vietnam figure toujours parmi les trois économies régionales ayant la plus forte croissance, son produit intérieur brut réel (PIB corrigé de l'inflation) devant augmenter de 6,6% en 2019 et de 6,7% en 2020. Ce rythme de croissance place le pays derrière le Myanmar et le Cambodge qui devraient enregistrer une progression de plus de 7% en 2019 et 2020.

Au Vietnam, l’inflation devrait augmenter de 3,8% et de 3,7% en 2019 et 2020, contre 3,5% en 2018.

Le rapport ASEAN + 3 sur les perspectives économiques régionales 2019 fournit une évaluation des risques et des défis auxquels font face les économies régionales.

"Alors que la croissance régionale ralentit, passant de 5,3% l'an dernier à 5,1% en 2019 et à 5% en 2020, les fondements économiques à long terme restent intacts", a déclaré l'économiste en chef de l'AMRO, Hoe Ee Khor, lors de la publication du rapport.

«Les décideurs politiques régionaux devront être prêts à utiliser la marge de manœuvre disponible pour assouplir les politiques monétaire et budgétaire afin d'atténuer les risques de dégradation et de soutenir l'économie si les conditions extérieures s'aggravent», a-t-il ajouté.

A court terme, les risques auxquels la région est confrontée sont principalement externes.

Selon la carte des risques globaux de l'AMRO, le risque le plus important reste la montée des tensions commerciales mondiales résultant de l'imposition de droits de douane supplémentaires par les États-Unis, ce qui pourrait peser sur la croissance mondiale et être exacerbé par une forte décélération des dépenses en capital et du cycle technologique.

La région pourrait également être touchée par les chocs de volatilité causés par la turbulence des marchés financiers, étant donné que les attentes peuvent changer soudainement, a-t-il pronostiqué.

Après plus de deux décennies de prospérité dans le cadre de la stratégie de «fabrication pour l'exportation», les décideurs politiques de l'ASEAN + 3 sont encouragés à donner la priorité aux politiques à long terme, en particulier celles axées sur le renforcement des capacités et la connectivité afin de tirer parti de la 4è révolution industrielle (Industrie 4.0) et de soutenir la croissance dans la nouvelle économie.

Au niveau mondial, l'industrie 4.0 transformera l'industrie et les services, ce qui nécessitera des compétences technologiques plus élevées pour fournir des biens, des services et des expériences sur mesure à une classe moyenne de plus en plus nombreuse et aisée.

Concernant le Vietnam, l’économiste en chef de l'AMRO a déclaré que le pays avait adopté le modèle traditionnel de fabrication pour l'exportation et en avait tiré de grands avantages en attirant des investissements importants de République de Corée, du Japon et de  Chine. Le pays s'est également imposé comme un centre de fabrication pour les exportations.

«Les entreprises manufacturières viennent s’installer au Vietnam et veulent bénéficier de faibles coûts, mais au fil du temps, à mesure que l'économie se développe, elles doivent augmenter leur base technologique et le Vietnam doit également remonter dans la chaîne de valeur», a déclaré M. Khor à Viet Nam News, l’unique quotidien en angalsis publié par l’Agence vietnamienne d’Information (VNA), en marge de la réunion annuelle de la Banque asiatique de développement (BAD), qui se tient aux Fidji du 1er au 5 mai.

Le gouvernement vietnamien pourrait se concentrer sur le développement de programmes de formation professionnelle pour améliorer sa main-d'œuvre, a déclaré M. Khor.

Le Vietnam a réussi à diversifier son économie, a-t-il déclaré, notant que les secteurs des services, du tourisme et de la culture ont bien fait, mais que le pays a encore besoin de renforcer ses compétences et de progresser dans la chaîne de valeur.

"Cela est en train de se produire et nous sommes optimistes à ce sujet", a-t-il déclaré.

AMRO a souligné trois obstacles majeurs pour la croissance régionale, notamment le financement, les taux de change et l’écart de développement.

Les déficits de financement reflètent les écarts entre la faible épargne intérieure et les grands besoins en investissements des économies à faibles revenus, tandis que les déficits de change sont liés aux contraintes de financement des économies émergentes résultant de la nécessité d’accumuler des réserves de change pour atténuer les risques liés aux flux de capitaux soudains. Le 3è défi réside dans des contraintes non financières, notamment la nécessité de développer le capital humain, l'expertise, la capacité technologique et les cadres de gouvernance.

Pour relever ces défis, les économies de l'ASEAN + 3 ont fortement besoin de tirer parti de l'épargne et des investissements intrarégionaux; renforcer les filets de sécurité financière régionale, y compris l'Initiative de multilatéralisation de Chiang Mai (CMIM); et redoubler d’efforts pour développer la capacité technologique de la région, son expertise professionnelle dans divers domaines et ses institutions en faveur de la croissance et de la gouvernance, a-t-il déclaré. -VNA