Hanoï (VNA) - Bâtie en 1982, l’école primaire Tri Lê 4, dans la province de Nghê An (Centre), ne compte aucune institutrice en raison des conditions de travail très difficiles. Mais peu importe, puisque ses 44 enseignants font un travail formidable, avec un rare sens de la responsabilité.

Dans une classe de l’école primaire de Tri Lê 4, dans la province de Nghê An. Photo : CTV/CVN

Trente-cinq ans après sa construction dans la commune de Tri Lê, district de Quê Phong, province de Nghê An (Centre), il n’y a toujours pas une institutrice à l’école primaire Tri Lê 4. Ici, la profession est l’apanage des hommes, ce qui est très inhabituel, surtout pour une école primaire de campagne.

L’école primaire Tri Lê 4 compte 44 instituteurs âgés de 24 à 60 ans, qui dispensent des cours dans ses six antennes situées près des zones habitées, principalement par des H’mông.

Lorsque les éléments se déchaînent


Du centre de la commune aux antennes de cette école, les enseignants doivent parcourir une quarantaine de kilomètres, dont seulement dix sont asphaltés. Le reste ? Une piste boueuse rendue très glissante les jours de pluie. Ils effectuent toujours ce trajet en groupe afin de pouvoir d’entraider en cas de problème. En effet, lorsque la pluie s’abat sur la région, souvent avec une rare intensité, les chutes sont fréquentes et il n’est pas rare de s’embourber. Dans ces conditions, impossible de partir seul. Mais hors de question de renoncer, un terme qui ne fait d’ailleurs pas partie de leur vocabulaire. Car ils ont une mission : transmettre le savoir, que tous prennent très à cœur.

Parmi les six antennes de l’école, Huôi Moi 2 est la plus difficile d’accès. Située dans la commune éponyme, Huôi Moi 2 compte 60 élèves de la 1er à la 5e classe - essentiellement des H’mông venant des dix hameaux de la commune. Certains se trouvent à 10 km de l’antenne de Huôi Moi 2. Pour s’y rendre, les élèves doivent se lever à 04h00 avant de traverser les sentiers tracés sur la montagne et de patauger dans les ruisseaux, qui peuvent rapidement se transformer en torrents infranchissables si les éléments se déchaînent.

«Ma maison ne se trouve qu’à 5 km de l’école. Mais quand la pluie est de la partie, il faut compter entre deux et trois heures pour s’y rendre. Quelques fois, je dois même rester à l’école en raison des pluies continues et des glissements de terrain», partage l’instituteur Luong Ngoc Xuyên, de l’ethnie Thai, qui travaille à Huôi Moi 2 depuis quatre ans.

«Il suffit de regarder la qualité du réseau routier pour s’apercevoir que seuls des hommes en bonne condition physique peuvent travailler ici, bien que certaines institutrices soient motivées par ce travail. Mais même nous déjà, nous avons toutes les peines du monde à nous rendre ici en moto ici. Alors une femme, vous imaginez ?», a confié l’enseignant Tho Ba Trù, un H’mông. Et de compléter: «Je dois faire une révision complète de ma moto entre une et deux fois par mois, car beaucoup de pièces s’usent rapidement dans ces conditions. Tous les deux mois, je dois changer les pneus, et les jantes doivent être surveillées en permanence».

Et les conditions étaient encore pires avant, puisque cela fait seulement quatre ans que les enseignants sont en mesure d’acheminer leur véhicule à l’antenne Huôi Moi 2. Avant, ils devaient emprunter, à pied, un chemin étroit et cahoteux.

L’école primaire Tri Lê 4 compte 44 instituteurs âgés de 24 à 60 ans. Photo : CTV/CVN

D’après le directeur de l’école Tri Lê 4, Lang Van Nhan, ici, il y a ni électricité ni Internet ni eau courante. Pour passer un coup de téléphone, les enseignants doivent marcher 3 km pour atteindre un sommet escarpé et capter le signal. Lorsqu’il pleut tout le week-end, les jeunes enseignants doivent rester à l’école, ramasser des légumes, cueillir des pousses de bambou, des tiges de bananier, et pêcher du poisson pour se nourrir. La nuit tombée, ils préparent les leçons du lendemain à la lumière d’une lampe à huile.

«Les enseignants ne souffrent pas seulement des mauvaises conditions de vie. C’est aussi éprouvant sur le plan psychologique, du fait de l’éloignement des proches. Ils ne peuvent rendre visite à leurs familles qu’une ou deux fois par mois si le temps le permet», informe M. Nhàn.

Enseignants et éducateurs

Nguyên Hông Hiêp, 36 ans, enseigne ici depuis 15 ans. Il admet que l’idée de tout abandonner lui est parfois venue à l’esprit, en raison de l’éloignement de son épouse et de ses deux enfants. «C’est un comble : je suis enseignant, mais je ne peux pas donner de leçons à mes enfants ! Ce sont ma femme et mes parents qui s’occupent d’eux. C’est assez déprimant quand j’y repense...», exprime-t-il.

Ces contraintes n’empêchent pas les maîtres de nourrir beaucoup d’amour pour leurs élèves qui, la plupart, vivent dans des conditions bien plus éprouvantes encore. C’est d’ailleurs ce qui les aide à surmonter tous les obstacles. Au-delà du simple métier d’enseignant, ils se posent en éducateurs, en tuteurs, en leur dispensant des leçons d’hygiène corporelle tout au long de la lecture et de l’écriture.

«J’enseigne aux élèves dès la première année parce que je connais à la fois le vietnamien et les langues ethniques locales. Parfois, les petits ne comprennent pas le vietnamien», confie Tho Ba Trù.

«Il est très difficile d’enseigner aux élèves à parler, chanter, lire et écrire. De plus, ils vont toujours à l’école avec des vêtements déchirés, les mains et les pieds sales. Nous leur apprenons à s’habiller proprement et les règles de base de l’hygiène corporelle. Quand ils sont venus à l’école pour la première fois, ils ont joué comme s’ils étaient à la maison. Ils n’avaient aucune idée de l’apprentissage qu’il y avait derrière», raconte l’instituteur Trù, un léger sourire aux lèvres.

Des efforts qui ne sont pas restés inaperçus, puisqu’en octobre dernier, les 44 enseignants de l’école primaire Tri Lê 4 se sont vus décerner un prix dans le cadre des «VTV Awards 2017», un événement annuel organisé par la Télévision du Vietnam, pour leurs contributions à la mission d’éducation du pays. -CVN/VNA