Greffe d’organes : toujours aussi peu de donneurs

Les transplantations au Vietnam ont pris de l’ampleur ces dernières années. Les nouvelles techniques maîtrisées par les chirurgiens vietnamiens ont sauvé de nombreux patients.

Ho Chi Minh-Ville (VNA) - Les transplantations au Vietnam ont pris de l’ampleur ces dernières années. Les nouvelles techniques maîtrisées par les chirurgiens vietnamiens ont sauvé de nombreux patients. Mais le problème central reste le manque de greffons.

Greffe d’organes : toujours aussi peu de donneurs ảnh 1Une transplantation à l’hôpital Cho Rây à Hô Chi Minh-Ville.

La greffe est l’une des plus grandes avancées médicales du XXe siècle. C’est souvent l’unique traitement efficace contre la défaillance terminale d’organes. Mais pour sauver des vies, il faut suffisamment de donneurs.

En 2006, le Vietnam a approuvé  la Loi sur le don d’organes. Malgré cela, le nombre de donneurs reste extrêmement faible. En cause, des blocages psychologiques ou  religieux, une insuffisance en termes d’infrastructures et de ressources humaines dans les hôpitaux.

Des milliers de malades sont en attente de greffe, leur vie suspendue à la mise à disposition d’un cœur, de poumons, d’un foie, d’un pancréas ou encore d’un rein.

Début 2010, l’hôpital Cho Rây à Hô Chi Minh-Ville a réussi la première transplantation de viscères d’un donneur en état de mort encéphalique. Ensuite, d’autres établissements lui ont emboîté le pas comme l’hôpital Vietnam-Allemagne, l’Institut médical militaire,  et l’hôpital central de Huê.

«Depuis 2010,  notre secteur a traité de nombreuses questions éthiques et pratiques autour de la mort cérébrale. Cela nous a aidés à réaliser des transplantations de cœur, de pancréas, ou encore de poumon», a confié le Professeur Pham Gia Khanh, président de l’Association nationale de transplantation d’organes et tissus.

De nombreux obstacles à la transplantation

L’artiste de cai luong (théâtre rénové) Minh Vuong a reçu le rein d’une personne en état de mort cérébrale. Il y a quatre ans, il souffrait d’insuffisance rénale chronique. Après quelques mois de traitement, sa maladie s’est aggravée. À l’hôpital Cho Rây, il devait subir des dialyses trois fois par semaine. «Heureusement, après quelques mois de dialyse, j’ai été informé de la possibilité de recevoir le rein d’un patient en état de mort cérébrale... Je remercie ce donneur inconnu. Grâce à ce nouveau rein, j’ai pu continuer à vivre», a-t-il confié.

La pénurie de greffons a plusieurs conséquences. La plus visible, l’instauration de listes d’attente pour les patients. Certains d’entre eux décéderont malheureusement, faute de pouvoir être opérés à temps. Plus un patient attend, plus il sera malade lors de la greffe, et moins bons seront les résultats de la transplantation en termes de statistiques de survie à long terme.

Le médecin Du Thi Ngoc Thu, chef du Centre de coordination de la greffe d’organes de l’hôpital Cho Rây (CCPC) : «Notre hôpital compte plus de 1.500 inscriptions au don d’organes, mais seuls 14 donneurs en état de mort cérébrale ou décédés d’un arrêt cardiaque ont été traités. Nous avons dû parfois  faire face aux réactions virulentes des proches de certains donneurs, qui se sont opposés, parfois violemment, au prélèvement alors que la personne décédée avait exprimé le souhait de faire don d’un organe à sa mort».

Parfois, les membres de la famille qui ont accepté le prélèvement ont subi les critiques acerbes de leur entourage. Souvent aussi, les proches d’un donneur informent tardivement l’hôpital. Ainsi, les organes ne peuvent être utilisés. Il arrive aussi que la transplantation soit interrompue par l’inspection de policiers qui ignorent la loi sur le don d’organes. «Chaque semaine, l’hôpital Cho Rây recense plus de 50 personnes en état de mort encéphalique. Si nous avions un donneur par mois, nous serions déjà très heureux», a confié Du Thi Ngoc Thu.

Une autre difficulté est de ne pas avoir d’unités spécialisées qui se chargeraient du contrôle des organes dans chaque hôpital. Il faudrait aussi un Pôle national de répartition des greffons chargé de croiser les caractéristiques des donneurs (groupe sanguin, «carte d’identité tissulaire», taille et poids pour les greffes thoraciques etc.) et les données des receveurs en attente de greffe, afin d’identifier les compatibilités optimales. D’autres critères comme l’urgence vitale, la proximité géographique ou l’ancienneté sur une liste d’attente seraient également pris en compte.

La fourniture, loin de la demande

Greffe d’organes : toujours aussi peu de donneurs ảnh 2L’artiste Minh Vuong est en bonne santé depuis une greffe de rein.

Le professeur agrégé Nguyên Truong Son, directeur de l’hôpital Cho Rây : «La transplantation de viscères est une intervention complexe qui nécessite un personnel ultra-qualifié. Bien que notre hôpital dispense régulièrement des formations dans le domaine, nous manquons encore de personnel. S’il y a un cas par mois, nous pouvons faire face. Mais si le nombre de greffons augmente et que les transplantations deviennent hebdomadaires, notre contingent de médecins ne pourra pas  y répondre».

Le nombre de greffes réalisées au Vietnam ne cesse de croître. Ces cinq dernières années, le pays en a comptabilisées près de 1.300, dont 1.200 de rein, 34 de foie, 14 de cœur et 1 de pancréas. C’est quatre fois plus que sur la période courant entre 1992 et 2009.

Pour remédier à la pénurie aigüe de greffons, le pays cherche, non sans difficulté, des solutions éthiquement acceptables. Sachant que les trois grands principes de la bioéthique sont l’anonymat, la gratuité et le consentement,  il est difficile de réunir ces trois fondements pour décider un prélèvement post mortem. En effet, sans certitude sur le désir de la personne décédée de faire don de ses organes, c’est vers les familles que se tournent les médecins. Et comme ces dernières ne sont pas plus informées, elles refusent majoritairement. Il y a donc encore de grosses lacunes sur ce point.

Plus d’informations et de sensibilisation pour faciliter la décision des familles, c’est bien, mais cela ne suffira pas à résoudre le problème de pénurie d’organes. Alors que des pays comme la Grande-Bretagne ont opté pour un référencement des donneurs potentiels, à travers un questionnaire obligatoire pour toute personne passant son permis de conduire, le Vietnam reste paralysé par son point de vue et sa législation. Il faudrait que les autorités gouvernementales et sanitaires modifient le cadre législatif actuel en proposant ouvertement à chaque citoyen de manifester ses souhaits dans ce domaine. -CVN/VNA

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