Hanoi (VNA) - Le bouddhisme a débarqué au Vietnam au Ier siècle avant J.-C. Mais il a fallu attendre le XIIIe siècle pour que le roi Trân Nhân Tông, devenu moine, inventa un courant bouddhique propre au Vietnam : le zen Truc Lâm Yên Tu. Revue de détail.  

Statue du roi bouddhiste Trân Nhân Tông en posture de méditation. Photo :Nguyên Dân/VNA/CVN

La plupart des Vietnamiens savent que Yên Tu (située dans la ville d’Uông Bi, province de Quang Ninh, Nord) est le lieu de naissance du bouddhisme national. C’est là que le roi Trân Nhân Tông (1258-1308) se retira pour mener une vie d’ascète, où il fonda l’école Truc Lâm Yên Tu ou «forêt de bambous du mont Yên Tu», proche du chan chinois et du zen japonais.

Un courant bouddhique vietnamien

Avec ses dizaines de pagodes, ses centaines de temples et ses milliers de reliques précieuses de la secte zen Truc Lâm et de la culture du Dai Viêt (XIIIe-XIVe siècle), Yên Tu est sans conteste «la Mecque» du bouddhisme vietnamien.

En 1299, le roi Trân Nhân Tông quitta son palais royal pour le mont Yên Tu afin d’y mener une vie religieuse. Il fonda la secte zen Truc Lâm et prit le nom de Truc Lâm Dai Dâu Dà (littéralement «le grand moine ascétique»). Les gens l’appelaient alors respectueusement «le roi bouddhiste Trân Nhân Tông. Plus tard, deux autres maîtres zen, Phap Loa et Huyên Quang, le rejoignirent. Ensemble, ils créèrent un nouveau courant zen appelé Truc Lâm Yên Tu (Truc Lâm signifiant en français «la forêt de bambou», car c’est en effet dans les forêts de bambou de Yên Tu qu’est né ce courant bouddhique). Truc Lâm Yên Tu a unifié tous les courants zen existants et toute l’Église bouddhique de l’époque.

Le vénérable Thich Tuê Phuc, gérant adjoint du monastère zen Truc Lâm Yên Tu : «Yên Tu et le courant zen Truc Lâm sont étroitement liés. Au XIVe siècle, le roi Trân Nhân Tông, 3e génération de la dynastie des Trân, céda le trône, à l’âge de 35 ans, à son fils Anh Tông. Six ans plus tard, à l’âge de 41 ans, il décida de s’installer à Yên Tu où il créa le courant zen Truc Lâm, un courant bouddhique purement vietnamien».

Selon le Professeur-Docteur Nguyên Xuân Thang, ancien président de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, le roi Trân Nhân Tông a créé un courant bouddhique typiquement vietnamien. Il a réussi à appliquer le Dharma de manière flexible et créative au sein de la société vietnamienne de l’époque, pour instaurer un nouveau mode de vie plus civilisé.

«Bouddha dans ton cœur, pas en montagne


Yên Tu est «la Mecque» du bouddhisme vietnamien. Photo : VNA/CVN

Sous la dynastie des Trân (1225-1400), la secte zen de Truc Lâm Yên Tu a eu un impact considérable sur la vie politique et socio-culturelle du pays. Toutes les politiques prises en matière de défense de la souveraineté nationale, d’élargissement des frontières, de développement de la culture… portaient l’empreinte de cette philosophie qui peut se résumer en quelques mots : la religion, c’est aussi servir la Patrie.

Après plus de 700 ans, le courant zen de Truc Lâm Yên Tu n’a pas pris une ride. Sa philosophie reste d’actualité, le fidèle étant appelé à pratiquer sa foi tout en assumant pleinement ses devoirs de citoyen. Le chercheur en culture Nguyên Huu Son explique : «Trân Nhân Tông a créé la secte zen de Truc Lâm Yên Tu sur la base des connaissances que son grand-père et son père lui avaient transmises. En créant ce nouveau courant, il a voulu souligner sa volonté, en tant que religieux, de s’intégrer pleinement à la vie sociale. Le bouddhisme tel qu’il le concevait devait être étroitement lié à la nation et à chaque individu. Le religieux pratique sa foi sans se tenir à l’écart de la société».

Cette idée, c’est un grand maître qui l’avait apprise à Trân Thai Tông, le grand-père de Trân Nhân Tông. Il lui disait : «Bouddha n’est pas à chercher en montagne mais dans ton cœur». Cela veut dire que tout un chacun peut accéder à la vérité bouddhique, qu’il soit religieux ou non. Il suffit de mener une vie saine, de faire le bien autour de soi.


Aujourd’hui, selon le vénérable Thich Tuê Phuc, Yên Tu attire des jeunes qui veulent découvrir le bouddhisme : «Le zen est une branche du bouddhisme dont la pratique principale est la méditation. Lors des vacances d’été, des jeunes sont envoyés ici pour découvrir le bouddhisme, tout en se perfectionnant moralement pour devenir de bons citoyens».

Parler du courant zen de Truc Lâm Yên Tu, c’est aussi parler des pagodes de Côn Son, Hoa Nghiêm, Vinh Nghiêm. Ces pagodes et la littérature canonique de ce courant bouddhique ont une vitalité fabuleuse. On peut trouver des pagodes appelées Vinh Nghiêm, Hoa Nghiêm dans beaucoup d’endroits, que ce soit à Huê, à Saigon, en Inde ou en Europe de l’Est. -CVN/VNA