Alors que les championnats de football professionnel s’essoufflent et perdent peu à peu public et annonceurs, les tournois de football communautaire suivent une courbe inverse. De plus en plus de sponsors n’hésitent plus à engager de grosses sommes pour ces tournois. 

Depuis quelques années, face à une demande toujours croissante, les pelouses artificielles fleurissent un peu partout. Selon des statistiques partielles de la municipalité de Hô Chi Minh-Ville, plus de 50 de ces nouvelles pelouses ont été posées en 2012 aussi bien en centre-ville qu’en banlieue. Elles peuvent accueillir des équipes de 5, 7 ou 9 joueurs, suivant leur taille. Aujourd’hui, la plupart des centres sportifs possèdent de 10 à 15 terrains de la sorte, ce qui facilite bien évidemment l’organisation de ces fameux tournois de football communautaire (TFC).

La magie de l’amateurisme

Début 2013, l’on assiste à une véritable explosion de ce type de tournois. Aucune région n’est épargnée. Il y en de toutes les tailles et tous les niveaux sont représentés, le nombre d’équipes en lice dépendant souvent des primes attribuées par le(s) parraineur(s). On peut citer, pour les plus importants, le tournoi Budweiser 6V6 - avec un voyage en Angleterre à la clé - ou le 6e tournoi de la Coupe Larue 2013 qui tous deux se déroulent en ce moment même (fin avril - fin juillet 2013). Par rapport à l’année dernière, le nombre de participants est en nette progression (plus de 700 équipes venues de 16 provinces et villes). La valeur totale des prix s’élève à un milliard de dôngs et les champions peuvent empocher jusqu’à 100 millions. 

Aujourd’hui, la plus emblématique de ces compétitions amateurs est certainement la Coupe de la bière Saigon 2013 (6 mai - 31 août), qui met aux prises plus de 1.000 équipes venues de toutes les encablures du pays. Montant total des prix mis en jeu : 1,5 milliard de dôngs. L’équipe qui soulèvera la coupe recevra 120 millions de dôngs. Les éliminatoires se déroulent dans 16 villes du pays à l’issue desquels 32 équipes seront retenues pour la phase finale organisée à Hô Chi Minh-Ville.

Un des aspects particulièrement intéressant du football communautaire est qu’il réunit absolument toutes les catégories socioprofessionnelles, avec des équipes d'agences, d’entreprises mais aussi d’artistes, de médecins, d’ingénieurs, d'étudiants, etc. Les équipes se sont construites autour de réseaux, de professions et certaines ont dans leurs rangs des joueurs réputés, au passé glorieux comme Tuân Thanh, Phuong Nam, Quoc Thanh ou encore Duy Dông. Un bon moyen pour eux de garder la forme et de transmettre leur expérience aux plus jeunes.

Comment en est-on arrivé à un tel résultat ? Voici la réponse de Lê Nguyên Hông, responsable du foot amateur au sein de la Fédération de football du Vietnam : « Les organisateurs de TFC ont cherché des annonceurs. Une émulation collective qui a généré une surenchère au niveau des récompenses mises en jeu et un effet +boule de neige+».

Des TFC transfigurés

Les TFC actuels n’ont rien à voir avec ce qu’ils étaient ne serait-ce qu’il y a trois ans. Les organisateurs - qui sont aujourd’hui de vrais professionnels - ont affiné les règlements de chaque tournoi pour assurer une certaine équité sur le plan sportif (âge, profession, secteur…). Les équipes doivent également enregistrer officiellement le nom de leurs joueurs - avec photos d’identité et curriculum vitae - dans un souci de transparence. Cela permet aux organisateurs d’évincer notamment les équipes réputées pour leur comportement violent et/ou provocateur... Les TFC sont placés sous haute surveillance et ce sont les clubs eux-mêmes qui assurent la sécurité pour éviter tout débordement intempestif. Certains tournois mettent même sur pied une équipe médicale pour encadrer les footballeurs.