La solidarité face à la toxicité

Le Village de l’Amitié de Vân Canh, situé à une trentaine de kilomètres de Hanoi, rappelle à tous et à toutes les lourdes conséquences humaines de la guerre chimique.

Hanoi (VNA) – Le Village de l’Amitié de Vân Canh, situé à une trentaine de kilomètres de Hanoi, rappelle à tous et à toutes les lourdes conséquences humaines de la guerre chimique. Cette organisation locale de portée internationale, créée en 1998, accueille chaque année les victimes, enfants et adultes, de ce que l’on appelle communément l’agent orange. Nous sommes allées à la rencontre des plus jeunes pensionnaires…

La solidarité face à la toxicité ảnh 1Entrée principale du Village de l’Amitié à Vân Canh. Photo : Cathy Monarque/VOV

 
Le Village de l’Amitié est un havre de paix au beau milieu de la banlieue d’Hanoi. Les enfants qui séjournent plus ou moins longuement dans ce centre peuvent s’y épanouir et grandir avec sérénité. Encadrés par des professeurs, une équipe médicale et des volontaires locaux ou internationaux, chaque nouveau sourire ou nouvelle compétence acquise est une victoire. Une jeune volontaire vietnamienne dévouée au village, nous fait part de l’intérêt qu’elle porte à ces enfants : “Les retards mentaux sont parfois sérieux chez nos pensionnaires et bien qu’ils soient déjà grands, leurs âges mentaux demeurent celui d’un petit enfant. [...] Quand nous travaillons ici, nous devons nous concentrer sur ce qu’ils peuvent faire mais aussi ce qu’ils aiment faire pour pouvoir les aider autant que possible. Chaque enfant reçoit un traitement spécial, adapté. Au début, cela peut sembler très difficile mais il faut passer du temps avec eux pour comprendre à quel point ces enfants sont incroyables.”

La structure accueille chaque année 110 à 120 pensionnaires : enfants dont les aïeux ont été exposés à l’agent orange, ou vétérans de guerre du Vietnam, tous atteints de pathologies plus ou moins lourdes. Les malades sont pris en charge par l’organisation qui leur prodigue des soins et dans certains cas des opérations chirurgicales. Les pensionnaires sont également “hébergés, nourris et ré-adaptés à une vie sociale” comme l’explique le site officiel présentant l’organisation. Les enfants peuvent suivre une scolarité où ils apprennent à lire, écrire et utiliser les outils informatiques. Comme l’explique Madame Nguyên Ngoc Hà, la responsable de l’accueil des visiteurs étrangers (Foreign Visitor Manager), ces structures ont pour objectif de permettre à tous et toutes d’être autonomes afin de mieux s’intégrer dans la société. Très heureuse de travailler au village depuis plus de 20 ans, elle nous a fait visiter le lieu. Le centre dispose aujourd’hui d’un espace médical mais aussi éducatif avec des classes spécialisées et une salle d’informatique. Ces infrastructures accueillent des enfants de 5 à 20 ans qui ont la possibilité, une fois l’âge adulte atteint, de rester dans le village s’ils le souhaitent.

Les enfants apprennent donc les fondamentaux scolaires, mais ils ont aussi des exercices physiques visant à améliorer leur psychomotricité. Nous sommes allées à la rencontre d’un jeune garçon de 9 ans, timide devant notre caméra. Pensionnaire depuis trois ans, il aime beaucoup se rendre à la “movement class” un programme quotidien lui permettant de se dépenser et de canaliser son hyperactivité. En plus de cet atelier, les enfants se rendent quotidiennement au centre médical pour prendre des médicaments, bénéficier de soins et faire de la kinésithérapie.

La solidarité face à la toxicité ảnh 2"Movement class" où les enfants font des exercices physiques avec de la musique et des volontaires pour les aider au mieux à accomplir les mouvements. Photo : Cathy Monarque/VOV

Aux côtés du jeune garçon, se trouve une autre pensionnaire de 16 ans. Son grand sourire témoigne du bonheur qu’elle ressent à être ici depuis maintenant cinq ans. Dans quelques années, elle pourra peut-être retourner chez elle et retrouver sa famille. En attendant ce moment, elle est heureuse de réaliser avec succès et application des exercices de mathématiques tout en partageant des moments avec ses amis. Grâce aux enseignements du village et l’autonomie acquise au fil des années, il lui tarde de pouvoir explorer le monde extérieur.

La solidarité face à la toxicité ảnh 3La jeune pensionnaire de 16 ans réalisant des exercices de mathématiques. Photo : Cathy Monarque/VOV

Une professeure, Madame Xuyên, accepte de nous présenter son travail et ses actions dans le centre. Travaillant ici depuis 14 ans, elle s’est orientée à l’université de Hanoi vers l’enseignement spécialisé ce qui lui a permis de réaliser son rêve et de travailler dans une telle organisation.

“Travailler au Village de l’Amitié m’apporte beaucoup : le bonheur de pouvoir aider mes élèves à acquérir un savoir qu’ils garderont toute leur vie mais je veux aussi consacrer mon énergie à aider les familles en allégeant le fardeau de ces enfants (ndlr à savoir leur handicap). Je veux aussi essayer d’aider mes élèves à avoir les compétences nécessaires pour leurs activités quotidiennes et pour devenir autonomes”, nous dit-elle.

Les handicaps des enfants, à la fois mentaux et physiques, sont les conséquences de la substance toxique, l’agent orange, déversé en grande quantité par les États-Unis, entre 1961 et 1971, dans le cadre de l’opération «Ranch Hand» lors de la guerre du Vietnam. Ce défoliant, véritable arme de guerre chimique, est responsables de lourdes maladies et traumatismes  encore visibles aujourd’hui.

Les handicaps peuvent paraître difficiles à gérer dans un premier temps, mais leur appréhension se révèle très vite être une expérience unique pour les volontaires du village.

Ombeline Bois, une étudiante française dynamique et soucieuse des autres nous donne son retour sur ses deux semaines marquantes en tant que volontaire au village: “Ce qui m’a le plus marqué c’est l’échange qu’on a pu avoir ensemble puisque moi je parle pas du tout vietnamien, si ce n’est deux trois mots, et eux ne parlent pas français, ni anglais. Et en fait on arrivait à se comprendre juste en faisant des gestes, et ils m’ont aussi appris à compter en vietnamien, jusqu’à 19. Et du coup ça m’a beaucoup marquée parce qu’il y a eu un réel échange entre nous.”

La solidarité face à la toxicité ảnh 4Mélanie, volontaire française, et les enfants de sa classe. Photo : Cathy Monarque/VOV

Cette expérience peut même être une véritable révélation. Mélanie Neuil, une Française de 29 ans, originaire de Paris et travaillant dans l’administration pour le ministère de l’Économie, envisage une reconversion dans le domaine social à la suite de son volontariat. Faisant écho au témoignage d’Ombeline, elle nous livre son ressenti après sept semaines sur le processus d’échange avec les enfants: “La petite anecdote c’est que j’ai voulu rédiger une petite fiche pour les nouveaux volontaires pour les aider à prendre plus rapidement leurs marques dans cette classe et j’avais pratiquement fini de rédiger le document quand je me suis rendu compte que j’avais oublié de mettre à chaque fois “cet enfant peut parler” ou “cet enfant ne peut pas parler”, parce que en fait c’est tellement facile de communiquer d’une autre manière et d’être compris d’une autre façon que ce n’était même plus quelque chose d’important en fait pour moi de pouvoir ou non parler directement avec eux.”

La solidarité face à la toxicité ảnh 5Panneau explicatif sur l’origine du Village et les drapeaux de tous les pays participants. Photo : Cathy Monarque/VOV

Récompensé en 2001 du Prix des Droits de l’Homme de la République française, le village est une œuvre internationale pilotée par un Comité international composé des pays membres. En effet, bien que Vân Canh soit  entièrement géré par les Vietnamiens, il fonctionne avec l’aide de la solidarité internationale. Organisés en comités, l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, le Japon et le Vietnam coopèrent activement au fonctionnement du village en assurant des collectes de fonds. Le Comité français du Village de l’Amitié contribue à informer et sensibiliser l’opinion publique aux activités du village et aux conséquences de l’agent orange afin de venir en aide aux victimes et d’obtenir des responsables la réparation des dommages causés aux populations et à l’environnement. Le Comité national contribue également au rassemblement de fonds qui sont directement gérés par le directeur du Village de l’amitié.

“Le centre espère collecter plus de fonds pour améliorer les conditions des patients séjournant ici. Je pense que nous avons aussi besoin de plus de fonds pour installer de meilleurs équipements dans les centres médicaux et éducatif et ainsi aider les enfants dans leur apprentissage”, explique Madame Nguyên Ngoc Hà.

La solidarité face à la toxicité ảnh 6Entrée du bâtiment réservé aux enfants où se trouvent les salles de classe sur deux étages Photo : Cathy Monarque/VOV

Le corps enseignant et les volontaires espèrent en effet beaucoup concernant le développement du Village. Ces derniers aimeraient une diffusion plus large des activités du centre pour sensibiliser l’opinion publique, mais également des améliorations concernant les infrastructures du centre.

La solidarité face à la toxicité ảnh 7Salle où les enfants exercent leur motricité (kinésithérapie)dans le centre médical du Village. Photo : Cathy Monarque/VOV

Madame Xuyên nous expose sa vision du village: “J’espère que le centre va se développer avec succès à l’avenir, par la création de davantage de classes, notamment des «movement class», puisque certains étudiants ne peuvent pas apprendre, ils peuvent avec ces ateliers entretenir leur santé physique. J’espère aussi que les salles de classes disposeront d’équipements supplémentaires pour que les élèves aient accès aux meilleures infrastructures pour chaque activité, afin de développer leurs capacités plus ou moins limitées (ndlr en raison de la dioxine présente dans leur organisme).”

Cependant, pour se développer, le village a besoin d’une plus grande visibilité médiatique. Mélanie Neuil est finalement le reflet d’une population trop peu informée sur la dioxine: “Je ne savais pas non plus que l’on pouvait avoir des impacts vraiment dans le temps, que la génération d’avant pouvait transmettre à la génération d’après, que ça pouvait rester dans le corps… Je l’ignorais complètement. Je pense qu’effectivement, parler du fait que sur certains conflits on peut avoir une génération sacrifiée au moment du conflit mais que l’on peut avoir encore des conséquences dans le temps, je pense que c’est important.”

La solidarité face à la toxicité ảnh 8Salle de classe. Photo : Cathy Monarque/VOV

Les effets de l’agent orange restent aujourd’hui encore trop méconnus du grand public mais l’émergence de nouvelles associations comme la VAVA (L’Association des Victimes de l’Agent Orange au Vietnam) et l’AFAPE (L’Association Française pour l’Expertise de l’Agent Orange et des Perturbateurs Endocriniens) contribuent à faire connaître le Village de l’Amitié mais aussi les conséquences de l’Agent Orange sur les organismes des victimes. - Cathy Monarque - Morgane Richou/VOV/VNA

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