En route vers la Communauté économique de l’ASEAN

Le Vietnam est devenu membre à part entière de l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1995. Fin 2015, l’ASEAN deviendra le marché unique : la Communauté économique de l’ASEAN. Une véritable révolution.
Le Vietnam est devenumembre à part entière de l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est(ASEAN) en 1995. Fin 2015, l’ASEAN deviendra le marché unique : laCommunauté économique de l’ASEAN. Une véritable révolution.

L’institution de la Communauté économique de l’ASEAN (AEC) sera unevéritable révolution pour tous les acteurs économiques de la région.Toutefois, pour en retirer tous les avantages, le gouvernement comme lesentreprises vietnamiennes doivent disposer d’une stratégie et prendredes mesures adéquates pour une pleine intégration à la région.

La «libéralisation AEC» a, de fait, bénéficié de la phase précédente,celle de la mise en place de l’AFTA. En effet, 99,11% des tarifsdouaniers au sein de l’ASEAN 6 (les six pays les plus développés del’ASEAN, à savoir Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Brunei etPhilippines), ont été supprimés fin 2010, et au sein de l’ASEAN 4(Cambodge, Laos, Vietnam, Myanmar), 98,6% des tarifs l’ont été ou étéramenés à 5% au plus. Une libéralisation tarifaire totale aux alentoursde 2015 est donc en bonne voie.

Pour atteindrel’objectif de l’AEC, l’ASEAN devra relever collectivement plusieursdéfis: passer d’une économie de revenu moyen à une économie pleinementdéveloppée, parvenir à une intégration géographique - interconnectivitédes réseaux d’infrastructures de communications, industrielle mais aussisociale, améliorer sa résilience aux conséquences de crises économiquesou de désastres naturels, assurer la pérennité de son tissu économique,devenir un acteur majeur au cœur d’une Asie émergente en termes depuissance économique régionale dans le monde, sur la base de nombreusesentreprises moyennes fortement compétitives dans leur secteurd’activité.

Avantages et challenge pour le Vietnam

L’AEC est un marché qui intégrera l’ensemble des économies de l’Asie duSud-Est, un vaste marché commun de près de 600 millions de personnes etd’un PIB de 2.200 milliards de dollars. La circulation des biens, despersonnes comme des capitaux étant libre, les produits et prestationsdes entreprises vietnamiennes connaîtront une amélioration significativede leur compétitivité devant leurs concurrents de Chine, du Japon,d’Inde, d’Australie et d’Union européenne, donnant un nouvel essor àl’économie vietnamienne. La règle valant pour tous les membres de lacommunauté, la consommation domestique augmentera également, de même quel’afflux des capitaux étrangers, de l’AEC mais aussi des paysextérieurs qui souhaitent profiter de ce marché commun.

Le Vietnam s’est déjà préparé pour exploiter pleinement ce futur marchécommun qui a vocation à devenir à terme un marché unique, plusparticulièrement depuis son entrée à l’Organisation mondiale du commerce(OMC) qui lui a permis de réformer de nombreuses institutions,d’améliorer son environnement d’investissement et d’affaires, ainsi qued’améliorer ses capacités d’administration publique. La tâche n’est pasencore achevée, le gouvernement accélérant actuellement la conduite desréformes et des programmes de restructuration afin d’être fin prêt,d’ici un an et demi environ, à l’apparition de l’AEC.

LeVietnam possède la deuxième population de l’Asie du Sud-Est etbénéficie de nombreux atouts pour développer pleinement son économie. Àce titre, il ambitionne d’être l’un des acteurs majeurs de l’AEC. Dansce cadre, le Vietnam aura d’immenses opportunités de croissance de soncommerce extérieur, d’attraction de davantage de capitaux étrangers etd’augmentation ses investissements dans la région. En d’autres termes,l’AEC lui permettra, sinon d’accélérer, tout au moins de soutenir lacroissance de son économie, de diminuer les risques d’instabilité decette dernière en étant intégrée à une économie régionale, ainsi qued’améliorer sa compétitivité prix.

Il y a toutefois denombreux challenges pour exploiter les potentiels de l’AEC, notammentsur le plan institutionnel, des infrastructures et de ressourceshumaines qualifiées. En prévision, le Vietnam applique un train demesures sur le long terme et devra en prendre d’autres encore d’ici 2015et au-delà. Il s’agit en premier lieu d’exploiter les potentiels enmatière d’exportation, d’investissement et d’envoi de personnel au seinde l’AEC. Puis, à une échéance de 10 à 15 ans, d’autres seront prisespour assurer des relations étroites et durables entre les pays de lacommunauté.

Les entreprises vietnamiennes devrontveiller tout particulièrement à améliorer leur compétitivité lorsque lesbarrières tarifaires seront tombées après 2015. Un des problèmes lesplus préoccupants, c’est que les milieux d’affaires vietnamiens ne sontpas encore prêts à exploiter toutes les opportunités que représentel’AEC. Pour se préparer, elles doivent améliorer leurs capacités deproduction ainsi que la qualité de leurs produits et de leursservices... Par ailleurs, les autorités doivent élaborer des politiquesadéquates de soutien de ses entreprises pour saisir les opportunités etsurmonter les challenges qui résulteront de la naissance de l’AEC.

Nouvel environnement économique


Certes, l’un des trois «piliers» de l’AEC est l’économie, c’est-à-direle commerce, les services et l’investissement, mais la création de l’AECne se résume pas seulement à cette dimension économique. C’est laraison pour laquelle, d’ailleurs, le Vietnam considère de plus en plusl’ASEAN depuis l’an 2000 pour son rôle croissant.

L’instauration de l’AEC fin 2015 permettra d’abord au Vietnam derenforcer sa position et son prestige au sein du forum qu’est l’ASEAN,en sa qualité de membre. Mais cette communauté sera aussi un outilprivilégié de son intégration au monde en modifiant fondamentalement lestatut du Vietnam en matière de coopération. En effet, de paysbénéficiaire de coopération internationale ou étrangère, il deviendral’auteur de telles initiatives au niveau de la région. Et, en cedomaine, l’ASEAN aura besoin de pionniers dès après 2015, et le Vietnamsera l’un d’eux. En outre, la Communauté de l’ASEAN, en tant qu’entitépropre, bénéficiera à plus ou moins moyen terme de l’assistancefinancière des bailleurs internationaux dans le cadre du soutien de sondéveloppement socioéconomique, et le Vietnam en bénéficieraindirectement.

Cela dit, comment les entreprisesnationales se préparent-elles pour tirer le meilleur de l’AEC, un marchéde 600 millions de personnes ? Une question essentielle car cettecommunauté est une immense opportunité pour les entreprisesvietnamiennes. Une perspective bien comprise depuis quelques années parcelles-ci qui se préparent à l’arrivée de cet événement historique.

De l’avis de Nguyên Duc Thanh, directeur du Centre de rechercheéconomique et politique, les entreprises domestiques doivent se montrerplus actives dans la recherche des opportunités qu’offrira ce marché envue de définir une stratégie de croissance effective. «Le Vietnam estdans une position favorable pour la coopération entre l’ASEAN et l’Asiedu Nord-Est, laquelle sera renforcée une fois tombées les barrières aucommerce et aux capitaux. Il est donc essentiel que les entreprisesélaborent des produits spécifiques et compétitifs», déclare-t-il.

L’AEC offre de belles perspectives, mais les challenges à relever sontde taille, explique Trân Thanh Hai, directeur adjoint du Département del’import-export (ministère de l’Industrie et du Commerce). Si ellesveulent bénéficier des avantages fiscaux de l’AEC, les entrepriseslocales devront satisfaire plusieurs critères, à commencer par celui del’origine des produits. «Au moins 40% des matières premières du produitfini à exporter devront provenir des pays aséaniens. La baisse desdroits de douanes ne leur profitera pas si les entreprises ne répondentpas à cette norme. Au surplus, les entreprises devront faire attentionaux barrières non tarifaires que les pays importateurs pourraientimposer à fin de protectionnisme déguisé, ou à l’exploitation decertains principes, comme la lutte anti-dumping par exemple, dans un butidentique».

Enfin, se préparer à ce grand défi, c’estaussi développer des ressources humaines qualifiées, mieux recourir aumarketing produit, davantage connaître les goûts du consommateuraséanien, ou encore établir un partenariat avec les distributeurs dupays importateur. -VNA

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