À Dông Van, les hommes plus forts que la nature

Sur le plateau karstique de Dông Van dans la province septentrionale de Hà Giang, classé Parc géologique mondial en 2010, les champs de maïs et de riz poussent un peu partout, comme autant de témoins de la volonté des hommes de vivre sur ces hautes terres balayées par les vents.
Sur le plateaukarstique de Dông Van dans la province septentrionale de Hà Giang,classé Parc géologique mondial en 2010, les champs de maïs et de rizpoussent un peu partout, comme autant de témoins de la volonté deshommes de vivre sur ces hautes terres balayées par les vents.

Située dans le coin le plus reculé du district de Dông Van, la communede Sinh Lung ne compte que 600 habitants, d’ethnie Co Lao. Une localitépauvre où les conditions pédoclimatiques ne sont guère propices àl’abondance, doux euphémisme.

Une piste sinueuseet escarpée mène à Sinh Lung. D’un côté une paroi rocheuse, de l’autreun précipice. «Ce n’était auparavant qu’un sentier. En 2007, l’État aaccordé des fonds, et la population locale des journées de travail pourl’élargir et permettre le passage des véhicules», explique Dinh My Thao,directeur adjoint du Comité chargé des ethnies minoritaires du districtde Dông Van. Et de préciser : «Cette piste de 10 km a coûté autantque 100 km en plaine».

Le siège du Comité populairede Sinh Lung - une construction à étages - est adossé à une falaise. «Ily a quelques années, Sinh Lung était une commune extrêmement pauvre.Les 137 familles autochtones étaient classées au bas de l’échellesociale. Mais la vie s’améliore, grâce au Projet de développementsocio-économique des quatre ethnies minoritaires les plus défavorisées àDông Van : Mang, Công, La Hu et Co Lao. En 2014, 55 familles Co Laosont sorties de la pauvreté», informe Thu Nhâm, vice-présidente duComité populaire de Sinh Lung.

Les Co Lao viventpour l’essentiel de la culture du maïs, qui ne donne qu’une récolte paran. Cette région aride a peu de terres cultivables. La roche affleurepartout, le sol est mince. Les paysans peinent à cultiver du maïs entreles rochers. Et pour compléter le tableau, l’eau est rare, celle-cis’infiltrant dans le sol karstique en un rien de temps.

La vannerie, d’une pierre deux coups

Le projet susmentionné a donné à Sinh Lung un seconde souffle. Lespaysans bénéficient d’aides matérielles pour développer la production,l’élevage et, surtout, la vannerie. Ce métier artisanal, auquelparticipe toute la famille, des enfants aux personnes âgées, s’avère leplus rentable.

«Les matières premières sontabondantes dans les forêts alentours. Avec le bambou et le roseau jetresse des paniers. Chaque semaine, je peux en fabriquer une dizaine quisont ensuite mis en vente au marché de Dông Van. Avec 40.000 à 120.000dôngs/pièce, ma famille peut gagner environ un million de dôngs parsemaine», témoigne Phong Sai, du village de Ma Chê, où plus de 40familles la pratiquent.

D’une pierre deux coups : lavannerie permet d’améliorer la vie des autochtones, et de faire revivreun métier traditionnel de moins en moins pratiqué chez les Co Lao. Àprésent, les vanneries de Sinh Lung sont omniprésentes dans leslocalités environnantes.

Située non loin de SinhLung, la commune de Sung La est peuplée de H’Mông. «Qui dit Sung La, ditsoc de charrue. Un soc original, avec lequel on peut tout labourer,même les champs rocailleux», révèle Dinh My Thao.

Àla différence du soc ordinaire de la plaine composé d’une lamemétallique triangulaire, le soc de Sinh Lung est pointu et légèrementrecourbé en haut. Ainsi équipée, la charrue peut travailler n’importequel terrain. «Ce soc est un outil de taille dans le mouvement de luttecontre la pauvreté des H’Mông à Dông Van», souligne My Thao.

Le soc des H’Mông

La famille Muaforge depuis des générations des socs de charrue. Au printemps, lesateliers de Sung La fonctionnent jour et nuit. «La tradition H’Mông veutque la confection des socs se pratique au printemps, saison del’exubérance de la nature», éclaire Mua A Thao. Et d’être fier que sonmétier soit lié étroitement au feu : «Le feu fait l’objet d’unevénération particulière chez les H’Mông. Car, c’est le Génie du feu quinous apporte de bonnes récoltes».

Pour fabriquer unbon soc, le forgeron doit, en premier lieu, être un agriculteur. «Carles terrains sont très différents d’un endroit à l’autre, avec plus oumoins de roches, situées en profondeur ou en surface. Le forgeron doitêtre capable, en se rendant sur place, de concevoir un soc approprié»,explique-t-il.

«La créativité des habitants estadmirable. C’est grâce à ces socs que les semences peuvent germer entreles pierres», explique Dinh My Thao, directeur adjoint du Comité chargédes ethnies minoritaires du district de Dông Van. – CVN/VNA

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