Logis accessible aux revenus modestes: avis d’architecte

Les architectes ont la charge de concevoir des appartements confortables à un prix raisonnable pour le segment du logement social. Un exercice difficile sur lequel Nguyên Tân Van, président de l’Association des architectes du Vietnam, nous livre quelques explications.
Les architectes ont la chargede concevoir des appartements confortables à un prix raisonnable pourle segment du logement social. Un exercice difficile sur lequel NguyênTân Van, président de l’Association des architectes du Vietnam, nouslivre quelques explications.

On sait que les architectesaffectionnent particulièrement les grandes œuvres architecturales, lesgrands ensembles immobiliers, etc. Cependant, la tranche de lapopulation pouvant se permettre de les acquérir est très mince. Qu’enpensez-vous ?

L’Association des architectes du Vietnam saitpertinemment qu’au Vietnam, il est aujourd'hui nécessaire de construiredes logements pour les personnes ne disposant pas de revenus élevés. Etde fait, dans la pratique de ma profession, j’ai constaté que cesdernières n’ont que très peu l’occasion d’acquérir un logement en milieuurbain, en particulier à Hanoi et à Hô Chi Minh-Ville. Et ce, même siles logements sociaux ne manquent pas, notamment avec la reconversion deprojets commerciaux. Compte tenu de cette situation, et chacun ayantdroit à un appartement décent correspondant à son niveau de revenu, nousappelons les architectes à coopérer avec le gouvernement dans cesecteur. Ainsi, lors du concours de conception de maisons résistantesaux crues dans le Centre qui a eu lieu du 25 février au 25 avrildernier, ce sont 105 projets d’HLM (habitation à loyer modéré) qui ontété présentés au bout d’un mois seulement, ce qui témoigne del’attention que les architectes portent à ce genre d’habitat.

Quels sont les principaux problèmes en matière de logement social ?


Pourde nombreux projets, il s'agit surtout d'un problème de rentabilitééconomique qui, dans ce secteur, est faible par nature. En dehors depolitiques de soutien de l’État, il n’y a pas grand-chose à faire. Ledeuxième problème selon moi tient dans la conception de ces logements,notamment sur le plan de l’exploitation optimale du foncier. La tendancedemeure encore trop axée sur l'aménagement d'espaces verts, de grandesvoiries, d'espaces plus ou moins architecturaux qui réduisent lespossibilités en termes de volume des appartements, ce qui les rendmécaniquement plus coûteux au point qu’ils dépassent les capacitésfinancières des familles de revenu modéré. Cela m’est arrivé à moi-mêmepour quelques HLM dont la commercialisation – en propriété comme enlocation - n’a pas été un franc succès, car ils ne répondaient pas auxbesoins réels de la population concernée. Ainsi, au-delà des aidespubliques, la conception des projets est également un facteur décisifpour diminuer les coûts de construction et de commercialisation, tout enmaintenant une rentabilité économique minimale pour l’investisseur. 

Dans le segment du logement social, la demande va croître de manière continue au moins durant les deux décennies à venir.

Y a-t-il d’autres moyens de réduire les coûts ?

Oui,bien sûr. En dehors du problème de conception précité, un meilleuremploi des matériaux existants, y compris des nouveaux, le recours à destechnologies modernes de construction - qui actuellement n’intéressentque trop peu de monde..., permettraient de réduire les coûts de 20%.Ainsi, certains projets de ce concours sont parvenus à un coût deconstruction de 3 millions de dôngs le mètre carré. L’introduction desnouvelles technologies est pour moi particulièrement importante carelles permettent également de construire beaucoup plus rapidement, cequi est appréciable alors que de plus en plus de personnes s’intéressentau logement social.

Lesmaisons résistantes aux crues, l’un des deux thèmes du concoursnational d’architecture 2012 auxquels de nombreux architectes ontparticipé.

Que vous suggèrent les projets d’HLM présentés lors de ce concours ?

J’aiapprécié nombre d’initiatives que je considère toujours comme positive,mais je pense que les architectes vietnamiens devraient étudier un peuce qui se fait à l’étranger. J’ai eu l’occasion de séjourner pendant unesemaine dans un appartement HLM aux États-Unis, et j’ai réellementapprécié son confort, son esthétique et sa luminosité. Et j’ai puconstater la même chose à Singapour...

Qu’entendez-vous par initiative positive dans ce concours national d’architecture 2012 ?


Toutimmeuble doit répondre à deux critères, ou deux valeurs si vouspréférez, l’un d’ordre architectural qui relève donc de l’art, etl’autre d’habitabilité, qui participe au caractère humain. Or,actuellement, de nombreuses cités urbaines montrent un déséquilibreflagrant au préjudice du second, ainsi de l’équilibre entre espacecommun et espace privé. Nombre de ces projets font œuvre sur ce pointd’initiatives et de créativité, sur le plan de la conception comme de laréalisation. Par exemple, et bien que son site d’implantation étaitdifficile, le premier prix du concours, le Dolphin Plaza, exploite demanière optimale l’espace en terme d’habitabilité tout en étant trèsbien intégré à son environnement. Ces initiatives sont donc positivescar elles marquent une évolution. Mais trop peu de projets prennentencore suffisamment en compte les exigences dont nous avons parlé,notamment en ce qui concerne les logements sociaux et ruraux dans lecadre du programme d’édification d’une Nouvelle campagne. – VNA

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