Une médecine préventive performante permet de limiter les épidémies et d’assurer l’hygiène alimentaire, tout en réduisant les frais médicaux et en déchargeant les hôpitaux. Or, le Vietnam manque de 23.000 agents de santé dans ce domaine.

Dans le Centre de médecine préventivede la provincede Yên Bai (Nord).Photo : Duong Ngoc/VNA/CVN

Le district de Nâm Pô vient d’être créé dans la province de Diên Biên (Nord). Il compte 15 communes. Mais seuls sept agents de santé spécialisés dans la prévention y travaillent. La commune la plus éloignée se trouve à 80 km du Centre de médecine préventive du district, qu’il est difficile de relier en raison de plusieurs routes en mauvais état. Les missions du personnel médical dans ces régions éloignées sont par conséquent délicates.

Le district fait donc face à une grave pénurie d’agents de santé. Dix-huit supplémentaires seraient nécessaires. Rien que pour Diên Biên Phu, la ville la mieux dotée en infrastructures de la province, il faudrait six agents de plus.

Un cas particulier qui illustre la situation problématique à l’échelle du pays. Selon le Département de la médecine préventive (ministère de la Santé), les centres de santé préventive de district ont besoin de 17.500 agents supplémentaires et ceux de niveau provincial de 5.300. Or, l’année passée, les écoles de médecine du pays ne comptaient que 1.200 étudiants en médecine préventive et en santé communautaire.

L’épidémie de rougeole freinée

«Il faut doubler ce nombre», affirme Trân Dac Phu, chef du Département de la médecine préventive. En effet, le manque d’agents de santé s’aggrave pour les secteurs considérés comme problématiques. Les centres de sécurité alimentaire ne disposent que de 4% du personnel dont ils ont besoin, le Centre des contrôles internationaux de 20%.

Pendant les saisons où les risques d’épidémie sont élevés, les agents de santé sont régulièrement de permanence, même lors des jours fériés.

Photo : Thanh Long/VNA/CVN

 Selon lui, la cause de cette situation est due à l’écart de revenus entre les médecins préventifs et les médecins traitant, qui se creuse. «Notre salaire varie entre trois et quatre millions de dôngs par mois. Pour chaque mission dans les communes reculées, nous recevons 5.000 dôngs par jour par personne», partage un agent de santé de la province de Diên Biên.


V.A travaille depuis six ans pour la faculté des contrôles des épidémies du Centre de médecine du district de Thanh Tri, Hanoi. Pourtant, son revenu n’est que de cinq millions de dôngs par mois. Un chiffre grandement inférieur à celui d’autres cadres sanitaires de même niveau dans les autres secteurs du Centre.

Durant les saisons où les risques d’épidémie sont élevés, elle et ses collègues sont régulièrement de permanence, même lors des jours fériés. «Nous recevons parfois de l’argent des localités où se trouvent les foyers épidémiques. Pourtant, notre revenu supplémentaire ne dépasse pas les 100.000 dôngs par jour par personne», partage V.A.

Vers un meilleur salaire des médecins préventifs

Une enquête réalisée dans15 provinces et ville par le ministère de la Santé montre que les dépenses moyennes pour la médecine préventive sont de 16%
du total des dépenses pour le secteur de la santé du pays, tandis qu’une résolution de l’Assemblée nationale demande d’y réserver 30%.

Malgré tout, les actions menées par les agents de santé spécialisés dans la prévention portent leurs fruits. Selon Trân Dac Phu, en 2014, l’épidémie de rougeole a causé la mort de 146 enfants. La campagne de vaccination contre la rougeole - rubéole (Rubella), déployée de septembre 2014 à mai 2015, a permis de diminuer le nombre de patients atteint de rougeole à moins de 50 cas. À partir de septembre, aucun mort n’a été enregistré.   

Pour améliorer les actions dans le domaine de la médecine préventive, Trân Dac Phu estime que d’ici 2020, il faut mettre en œuvre des mesures afin de renforcer la quantité et la qualité des ressources humaines en médecine préventive. L’accent doit être mis sur l’élaboration de politiques privilégiées et d’encouragement réservés au personnel qualifié ainsi qu’aux étudiants. Il faut augmenter le salaire de base et les allocations spécifiques pour les cadres.

En outre, afin d’améliorer la qualité des ressources humaines, un programme commun à toutes les écoles formant des étudiants en médecine préventive doit être élaboré. La coopération entre les établissements doit aussi être renforcée, tout comme les moyens qui leur sont alloués.  

Chef du Département du personnel (ministère de la Santé), Pham Van Tac estime, pour sa part, que le Vietnam peut compter sur de nombreux spécialistes reconnus dans le domaine de la médecine préventive.

Toutefois, la plupart des médecins sont des généralistes, qui ne sont pas formés spécifiquement à la médecine préventive. Si le pays dispose déjà de différents centres chargés de médecine préventive, il est désormais nécessaire de déployer le modèle des centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), déjà appliqués aux États-Unis, en Thaïlande, en Chine et au Cambodge.

Pham Van Tac propose de fusionner petit à petit les centres de prévention et de lutte contre les épidémies, notamment le Centre de prévention et de lutte contre le paludisme, celui contre le VIH/sida et la précarité sociale. Avec pour objectif de limiter le personnel administratif et de renforcer le personnel médical. -CVN/VNA