Hanoi (VNA) – La 4e révolution industrielle affecte déjà de nombreux secteurs, dont le textile-habillement. La filière vietnamienne doit sans plus tarder se préparer à cette révolution sous peine de perdre de son attractivité au profit d’autres pays.
 
Le Vietnam figure dans la liste des cinq premiers exportateurs textiles mondiaux. Photo : VNA

Le secteur textile-habillement occupe une place majeure dans l’économie vietnamienne. Ces dernières années, il a connu chaque année une croissance à deux chiffres. Sa compétitivité élevée à l’échelle internationale a permis au Vietnam de figurer dans la liste des cinq premiers exportateurs textiles dans le monde. 

La révolution numérique va entraîner de profonds changements dans l’entreprise et le monde du travail. Face à la 4e révolution industrielle ou industrie 4.0, une nouvelle tendance mondiale axée sur les applications de l’automatisation et les avancées des technologies de l’information, le secteur textile national pourrait perdre ses avantages en termes de main-d’œuvre à bas coût, au profit des pays développés.

Dans les pays de l’ASEAN, le textile, l’habillement et la chaussure sont particulièrement menacés par la 4e révolution industrielle, qui marque une rupture avec les modes de fonctionnement traditionnels. 

Au fait, pourquoi parle-t-on de 4e révolution industrielle? C'est parce qu'elle intervient après le développement de la machine à vapeur et de la mécanisation (XVIIIe siècle), puis de l'électricité et de la mobilité (XIXe siècle) et enfin de l'électronique et de l'automatisation (XXe siècle). Le monde numérique s’allie au monde physique pour transformer les processus traditionnels et améliorer la productivité. Tous les secteurs, dont celui du textile, sont en pleine transformation. Un véri-table tsunami.

L'industrie 4.0, l'un des plus grands enjeux

Ces dix dernières années, le secteur national du textile-habillement s’est développé fortement grâce à ses nombreux atouts : une main-d’œuvre qualifiée et à bas coût, un environnement sociopolitique stable, des usines qui ont de l’expérience en matière de sous-traitance et un artisanat développé. L'industrie 4.0 verra l’émergence d’usines "intelligentes", plus flexibles, plus productives, plus optimisées et plus écologiques. Cette révolution posera la problématique du remplacement de l'homme par la machine. Quelle place occupera la ressource humaine si, au final, tout est automatisé et géré par de l'intelligence artificielle?

Il y a une vingtaine d’années, s’il fallait 110 ouvriers pour produire 10.000 bobines de fil, en 2017 seuls 15 à 20 sont nécessaires, soit près de six fois moins. Pour le tissage, s’il y a une vingtaine d’années, les machines les plus modernes réalisaient 400-450 tours par minute ; en 2017, elles peuvent atteindre 1.600-1.800 tours par minute, avec un rendement quadruplé.

De plus, avec l’Internet des objets, les maillons de production seront connectés à Internet permettant de réduire les frais de gestion, de conception. Dans le textile-habillement, avec le système de transport entre les maillons dans la chaîne de production, les machines pourraient remplacer les humains dans les phases les plus difficiles, avec des rendements bien plus élevés et une meilleure qualité. 

Le risque pour le Vietnam est de perdre ses atouts en termes de main-d’œuvre à bas coût, et d’être dévalorisé d’un point de vue technologique par rapport aux pays développés.

Quelle voie pour le textile vietnamien ?
 
Face à l’industrie 4.0, le secteur textile national pourrait perdre ses avantages en matière de main-d’œuvre à bas coût. Photo : VNA
 
Au Vietnam, les opérateurs sont conscients des enjeux qui se présentent à eux. Le textile vietnamien n'a plus de choix et il faut sans plus tarder se préparer à cette révolution en commençant par créer un groupe de réflexion stratégique pour le 4.0 et surtout réfléchir à un plan sectoriel pour les ressources humaines. Si l'on veut des applications performantes du 4.0, l'industrie doit être capable d'attirer les jeunes diplômés.

Car la concurrence dans la 4e révolution industrielle va se faire sur la base de la créativité et de l’innovation, ce qui demandera une grande capacité d’accès aux talents. Le Vietnam doit être conscient qu’une main-d’œuvre bon marché n’est plus ni un avantage concurrentiel ni un argument suffisant pour drainer les investissements étrangers. La clé du succès est d’établir un environnement propice davantage axé sur l’investissement dans le capital humain, la recherche et le développement et la fabrication de produits à valeur élevée.

Selon les estimations, avec sa croissance de 10% par an, chaque année, le secteur textile a besoin de 200.000 nouveaux travailleurs. Avec les technologies avancées et le capital humain, le secteur pourrait aussi atteindre une croissance de 10% par an mais en ne recrutant que 100.000 travailleurs par an.

L’État devra soutenir les investissements dans l’élaboration de systèmes de qualification et de formation propres à préparer la future main-d’œuvre à acquérir les compétences techniques dont elle aura besoin pour faire face aux changements à venir.

Le train du changement est déjà en marche et par conséquent, adapter l’économie aux mutations technologiques est une urgence à prendre très au sérieux. Si les bonnes mesures sont prises, le secteur pourrait atteindre un chiffre d’affaires à l’exportation de 60 milliards de dollars en 2030. – CVN/VNA