Né en 1954 sur l’île Morgan dans l’État du Queensland, en Australie, Nev Tickner, alias Nev, décide de s’installer en 2009 à Diên Biên (province du Nord du Vietnam) pour partager la vie des habitants de cette région historique.

Un lit, un frigo et une étagère chargée de livres sur le général Vo Nguyên Giap constituent le mobilier de la petite chambre de 20 m² où loge Nev à l’hôtel de Muong Thanh. Sur le mur : un portrait du Président Hô Chi Minh et un satisfecit, «le cœur d’or», remis par la Croix-Rouge de Diên Biên.

Nev aime le Vietnam. Il a lu de nombreux livres sur la bataille historique de Diên Biên Phu et souhaitait visiter le site un jour. Son rêve s’est réalisé en 2009. Lors de son arrivée au Vietnam, Nev vivait isolé en raison de la barrière de la langue. Sa rencontre avec Dang Viêt Dung, employé de l’hôtel Diên Biên Phu-Hanoi d’alors et actuellement vice-directeur de l’hôtel Muong Thanh, a changé la donne et lui a permis de rencontrer des anciens combattants vivant à Diên Biên.

Se confronter à l’histoire de Diên Biên Phu


«Je cherchait à me confronter à l’histoire de la bataille de Diên Biên Phu. Je l’ai trouvée ici à Diên Biên : le hameau Noong Nhai abritant 444 personnes dont pour l’essentiel des vieux, des femmes et des enfants a été entièrement brûlé par les soldats français. C’est tellement triste», confie Nev. Et d’ajouter : «J’ai demandé à M. Dung ce que je pouvais faire pour Diên Biên, il m’a alors donné l’adresse du village SOS où vivent 46 enfants».

Une page se tourne pour Nev et la solitude fait place à la rencontre. L’Australien commence à fréquenter le village SOS, puis le centre de patronage social de Diên Biên. Il s’amuse avec les enfants, leur enseigne l’anglais et leur offre des cadeaux : vêtements, aliments, livres, vélos … Parfois, il organise des compétitions sportives pour les enfants et les mères du village SOS. «J’aime beaucoup notre Monsieur le Tây (étranger occidental). Il offre souvent des livres et des vêtements à ceux qui étudient bien et réprimande ceux qui ne sont pas sages. Il nous manque lorsqu’il part en mission d’affaires pendant quelques mois», raconte un enfant du village SOS de Diên Biên.

Au cours de ces cinq dernières années, Nev prolonge son visa à de nombreuses reprises afin de pouvoir rester plus longtemps avec les enfants de Diên Biên. «En Australie, j’ai trois enfants et sept petits enfants adorables. Mais j’ai une affection particulière pour les enfants démunis de Diên Biên. Je pense que ces petits ont toujours besoin de moi», explique Nev. 


MM. Nev et Binh au marché de Muong Thanh, ville de Diên Biên

Comme à son habitude, Nev a un emploi du temps serré pour pouvoir aller partout où sa présence est nécessaire : le village SOS, le centre de patronage social, une maternelle privée où il donne des cours d'anglais, chez des amis proches… Chaque semaine est rythmée par ces visites. Lorsque sa pension de retraite ne permet plus de couvrir les dons qui augmentent progressivement, Nev fait du commerce. Il essaye également de sensibiliser ses amis étrangers à la situation difficile des enfants du district de Diên Biên Dông afin qu’eux aussi fassent des dons.

"Heureusement, j’ai rencontré Nev"

Nev prend toujours en exemple la vie de son ami Binh vivant au marché de Muong Thanh : «M. Binh, originaire de Thai Binh est un vétéran de guerre. Sa femme et sa fille sont décédées lui laissant une petite fille déshéritée de 18 ans. Tous deux vivaient dans une hutte installée au fond du marché de Muong Thanh». Ému par cette situation, Nev achète deux billets d’avion pour permettre à M. Binh et sa petite-fille de rentrer dans leur province natale. Malheureusement, leurs proches ont aussi leurs problèmes et M. Binh est contraint de retourner à Diên Biên. Après son retour, Nev lui offre un triporteur de vente ambulant de viande grillée afin qu’il puisse gagner sa vie. «J’ai pensé à la mort plusieurs fois. Heureusement, j’ai rencontré Nev. Il m’a beaucoup aidé, il a bon cœur. Je lui suis très reconnaissant», confie M.Binh, les larmes aux yeux.

À Diên Biên, Nev peut parler avec des soldats qui ont passé des journées dans les combats acharnés de Diên Biên Phu et partager les difficultés des habitants locaux. Nulle vie n’est pour lui plus significative, plus profonde et plus belle. -VNA