Hanoi, 2 avril (VNA) - Pour l’étranger qui veut avoir une idée de la culture du Vietnam, rien ne vaut une promenade sur le fleuve Rouge dont le delta est émaillé de villages dotés de coutumes millénaires.  

 

Le fleuve Rouge. Photo : Anh Tuân/CVN
Quelques escales bien choisies pourraient le renseigner sur la vie spirituelle du pays avec ses croyances et pratiques religieuses, ainsi que sur les activités artisanales locales. Une telle occasion lui est donnée tous les samedis et dimanches par le service de gestion fluviale du port de Hanoi. Le voyage en canot dure de 08h00 à 17h00, y compris les visites sur terre.
 

Le bateau descend le fleuve et au bout de trois heures de voyage accoste le village de Da Hoa, district de Châu Giang (province de Hung Yên). Un site des plus pittoresques nous attend : le temple de Chu Dông Tu, reconstruit à la fin du siècle dernier, offre un havre de paix et de verdure avec son grand portique, ses allées dallées, ses 18 bâtiments en forme de barque, ses sanctuaires aux statues et aux sculptures en bois finement ciselées et laquées rouge et or.
 

Les jours de fête a lieu le rituel de l’eau, pratique commune aux planteurs de riz aquatique et ayant pour but d’invoquer le Ciel afin d’avoir des pluies. Des centaines de personnes convergent vers la berge, formant une procession imposante. On descend dans des dizaines de barques qui gagnent le milieu du fleuve. Un vieillard puise l’eau avec une écope, eau qu’il déverse dans un vase en porcelaine pour les ablutions des saintes statues de Chu Dông Tu et de ses deux femmes.

L’amour entre un  pêcheur et une princesse

Chu Dông Tu était le héros d’un mythe né à l’aube de notre histoire, au Ier millénaire av. J.-C. C’était un pauvre pêcheur qui n’avait rien pour se couvrir le corps. La princesse Tiên Dung un jour fit amarrer sa barque sur la berge pour prendre un bain. En versant l’eau sur le sable, elle mit à nu le jeune homme blotti dans le sable. Contre la volonté de son père, elle l’épousa. Après avoir fait du commerce pour vivre, ils apprirent l’art de l’immortalité et regagnèrent le Ciel.


Le villagede céramiquede Bat Tràng,un site à nepas manquer pour les touristes lors de leurcircuitde découvertedu fleuve Rouge. Photo : Vu Sinh/VNA/CVN
Cette légende nous apprend beaucoup de choses sur la période de formation de l’identité culturelle vietnamienne (1), à l’Age du Bronze (Ier millénaire av. J.-C.), dans le bassin du fleuve Rouge : elle préconise un comportement pré-confucéen, avant l’adoption de l’éthique confucéenne rigoriste. C’est un hymne à l’amour charnel, la reconnaissance de l’amour libre, conçu hors de l’autorité paternelle, de la rébellion contre le monarque fils du Ciel.

La légende montre en même temps comment une croyance indigène s’est amalgamée avec une religion importée, puisqu’à la fin de leur vie, Chu Dông Tu et la princesse Tiên Dung se sont convertis au bouddhisme taoïsé.

Le culte de la Déesse Mère

La deuxième escale nous montre un autre aspect du syncrétisme religieux au Vietnam. Descendant au village de Ninh So (hameau de Dai Lô, district de Thuong Tin, Hanoi), nous pouvons visiter les temples Lô et Dâm. Après avoir franchi le portique du premier, nous voyons une grosse cloche de bronze nouvellement fondue grâce aux dons des fidèles. À gauche se trouve un petit sanctuaire dédié au général Trân Hung Dao, vainqueur des envahisseurs mongols au XIIIe siècle. Le temple principal, au fond, honore la mémoire de quatre déesses d’origine chinoise. Selon la légende, elles était les membres de la famille impériale des Quin (Tông) fuyant aussi l’invasion mongole (XIIIe siècle). Elles, c’est-à-dire l’Impératrice, ses deux filles et leur norrice, survécurent à un naufrage en mer et furent sauvées en terre vietnamienne, par un bonze. Quelques mois plus tard, ce dernier tomba amoureux de l’Impératrice qui l’admonesta. Honteux, il se donna la mort en sautant dans la mer. Les quatre Chinoises eurent pitié de leur bienfaiteur, elles se jetèrent aussi dans la mer et moururent. Elles devinrent des Déesses protectrices des navigateurs en détresse Nam Hai tu vi Thanh nuong (Les quatre Déesses de la mer du Sud), consacrées par le roi Trân Anh Tông. C’est ainsi qu’elles rejoignent le panthéon des Déesses Mères dont le culte est très populaire au Vietnam.

Ce culte syncrétique est illustré d’ailleurs par le temple Dâm (à deux cent mètres du temple Lô). Ce nouvel édifice d’un goût douteux est consacré au culte des Déesses Mères (Mâu) qui amalgame les croyances animistes populaires remontant à la préhistoire avec le taoïsme dégénéré. Arrivé au temple Dâm, notre canot fait demi-tour pour remonter le courant et nous déposer au bout d’une demi-heure à Bat Tràng, le village des bols (Bat = bol et Tràng = atelier). Celui-ci est célèbre depuis longtemps par ses bat dàn, bols de faïence très employés dans le delta du fleuve Rouge. Il y a plus de quatre cents ans, il a su préparer des émaux de qualité et des objets d’art magnifiques, des brûle-parfums, des chandeliers et des gobelets.

Avec la construction du système hydraulique agricole Bac Hung Hai vers la fin des années 1950, l’ancien village a dû être transféré dans un nouveau site. Il est devenu une bourgade de maisons en dur, boutiques, ateliers semi-mécanisés, avec beaucoup d’artisans travaillant pour leur propre compte ou pour des compagnies d’exportation. L’existence de villages dotés de métiers traditionnels est une caractéristique du delta du fleuve Rouge. -CVN/VNA