Les gens le surnomment encore «l’ingénieur du tunnel de Vinh Môc». Grâce à lui, des milliers d’habitants vivant le long de la ligne de démarcation de Vinh Linh ont survécu aux bombardements américains. Il s’appelle Lê Xuân Vy.

Lê Xuân Vy, 85 ans, vit dans une petite maison du 5e quartier de la ville de Dông Hà (province de Quang Tri, Centre). Sa modeste habitation dispose d’un seul meuble, d’un lit et d’un coffre ancien. Dans ce dernier, on trouve des vêtements de soldat et une boussole, souvenir de la construction du tunnel de Vinh Môc.

Malgré son grand âge, le vieil homme se souvient comme si c’était hier de cette épopée que fut le percement de tunnels dans le district de Vinh Linh pour créer des sortes de villages souterrains. Seul celui de Vinh Môc est bien préservé et ouvert au public.

Une idée hardie

L’idée de creuser ces tunnels lui est venue en 1966 au moment où les Américains bombardaient continuellement la région de démarcation de Vinh Linh. À cette époque-là, Xuân Vy était chef du poste de la police du village de Vinh Môc, commune de Vinh Thanh, district de Vinh Linh, province de Quang Tri. Il constatait que les tunnels étaient la meilleure façon, pour les civils et les soldats, de s’abriter des bombardements.

La première idée de M. Vy était de percer un simple abri en forme de U, de 10 m de long avec vue sur la mer, pour observer facilement les avions ennemis. Mais, cet ouvrage ne supportait qu’une puissance moyenne de bombardements et le risque d’effondrement était important. L’effondrement d’un tunnel de ce genre avait déjà eu lieu dans la commune de Vinh Giang, où une centaine de soldats étaient morts enterrés vivants. Début 1966, Xuân Vy a décidé de creuser un tunnel de grande envergure.


Reconstitution de la vie des habitants dans le tunnel de Vinh Môc.

Le 18 févier 1966, les travaux ont commencé, avec pioches, pelles et brouettes. Pour encourager les ouvriers, Xuân Vy a lancé des concours d’émulation. «Tel groupe ayant le rythme le plus rapide était nommé champion», se souvient-il. L’orientation est-ouest, selon lui, visait à éviter au maximum les dégâts des bombardiers venant de la mer (et donc de l’ouest). Tous les calculs de cet homme étaient minutieux et scientifiques. Dans le tunnel, les prises d’air sont à 5 m de l’axe principal du tunnel et plus profondes de 0,5 m que le fond du tunnel, ce pour éviter l’entrée des bombes à fragmentation dans le tunnel.

Environ 18 mois de travaux


Le tunnel de Vinh Môc est composé de trois niveaux : niveau 1 à 8-10 m sous terre pour le combat et les abris temporaires ; niveau 2 à 12-15 m pour les villageois ; niveau 3 à 30 m sous terre pour le stockage des matériaux. Il y avait six ouvertures dans les collines voisines et sept sur la mer, soit 13 au total. L’ouvrage dispose de dix salles, dont salle de réunion, casemate, infirmerie, toilette, puits et même maternité.