Hanoi (VNA) - Tewfic El-Sawy vient de publier son premier livre sur le hâu dông, un rituel très populaire dans le Nord du Vietnam. Au-delà du côté mystique, ce dernier prend une nouvelle dimension artistique dans l’objectif du photographe américain.

Couverture du livre "Hâu đông : The Spirit Mediums of Vietnam". Photo : CTV
L’ouvrage "Hâu đông : The Spirit Mediums of Vietnam" est le premier livre compilant des photographies en couleurs prises par un étranger pour documenter le rituel vietnamien hâu dông. Cette œuvre compte plus de 100 clichés et 60 pages de texte présentant l’ancienne religion de Dao Mâu (le rituel de la Déesse-Mère), mais aussi les expériences spirituelles de l’auteur au Vietnam. Il a fallu plus de deux années de recherche pour aboutir au travail final.

«C’est un merveilleux voyage dans le monde de cette tradition vietnamienne typique. Je suis fier d’être le seul photographe non vietnamien à avoir pris des clichés des cérémonies du +hâu dông+, à un tel niveau», partage Tewfic El-Sawy.

Il s’est pleinement investi vers les années 2000 dans la photographie après avoir perdu tout intérêt pour son travail de banquier. Il a commencé par suivre des ateliers avec des photographes de talent, mais il s’est formé par la suite de manière autodidacte. Alors qu’il était encore banquier, Tewfic avait réalisé de nombreux voyages entre le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe, et pu être déjà en contact avec une variété de cultures. «Je suis attiré par des traditions originales. J’ai photographié d’innombrables cérémonies et événements ; mon travail avait précisément un but documentaire», partage-t-il.

Une rencontre au hasard

Tewfic a assisté pour la première fois à la cérémonie du hâu dông en 2014 lors d’un voyage à Sa Pa, dans la province de Lào Cai (Nord-Ouest), alors qu’il était le directeur d’un atelier pour des photographes américains et australiens.

«C’était le 12 septembre 2014 et j’étais à Sa Pa. En dépit de l’humidité matinale, les vendeurs H’Mông attendaient déjà les touristes. Je marchais sur le chemin conduisant au sommet du Fansipan, discutant avec plusieurs de mes stagiaires, lorsque nous entendîmes une musique rituelle sortant d’un immeuble quelconque. Les vendeurs m’ont indiqué qu’il s’agissait en fait d’un temple. J’y suis entré, et j’ai pu rencontrer des femmes portant des vêtements traditionnels rouges. L’une d’entre elles m’a expliqué que la cérémonie commençait à 09h00», se rappelle le photographe.

Le rituel "hâu dông" se déroule dans les temples et les palais. Photo : VNA
«Voici comment mon voyage de deux ans dans le monde de Dao Mâu, culte indigène vietnamien de la Déesse-Mère, et le rituel +hâu dông+, a commencé. C’était totalement par hasard», ajoute-t-il. Quelques jours plus tard, le photographe a assisté à une autre cérémonie de hâu dông. C’est lors de cet événement que Tewfic décida de s’intéresser au rituel, à son histoire et de partir à la rencontre de ses fidèles.

De retour aux États-Unis, il étudia le sujet sur Internet, découvrant par l’occasion qu’aucun photographe étranger n’avait pu réaliser un documentaire complet ou un reportage illustré sur ce rituel. «Je l’ai pris comme un signe, et je devais être le premier à publier un livre sur cette tradition religieuse», confie Tewfic.

Présenter le Dao Mâu aux amis étrangers

Cet ouvrage de 170 pages est sorti début septembre dernier, dans le but d’introduire le Dao Mâu à tous ceux qui n’y sont pas familiers, ou qui comprennent mal cette tradition. Le «Dao Mâu, et son rituel +hâu dông+, est une pratique religieuse syncrétique fascinante, un mélange de plusieurs éléments artistiques comme la musique, le chant, la danse et les costumes», poursuit-il. «Il appartient au patrimoine du Vietnam et il devrait être connu dans le monde entier. J’espère qu’il sera bientôt reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité».

Tewfic a fait cependant face à des problèmes comme la rareté des sources d’information, la barrière de la langue, ou encore la difficulté de comprendre ce qui se passe lors des cérémonies. Il a dû compter sur des amis vietnamiens, ne serait-ce que pour la traduction, et ce dès les premiers jours de son projet. «La gentillesse de mes amis vietnamiens et des étrangers durant mon séjour à Hanoï m’est apparue unique», souligne-t-il.

Il a passé 18 mois dans la capitale, effectué six voyages de deux semaines, assisté à des dizaines de cérémonies dans la ville, en banlieue et dans d’autres provinces afin de réaliser son livre. «J’ai abondamment interviewé des chamans en observant leurs manières et leurs styles lors des cérémonies et dans la vie quotidienne», décrit-il. «Leurs histoires individuelles présentent de nombreuses similitudes. On m’a raconté leurs luttes contre la maladie et d’autres défis de la vie, et comment ils ont trouvé le salut en devenant des chamans».

Pour Tewfic, les femmes chamans sont plus intéressantes sur le plan personnel. Les hommes sont peut-être mieux informés sur l’histoire du Dao Mâu, mais l’Américain avoue avoir été plus touché par leurs vies. Il reconnaît d’avoir toujours été traité avec gentillesse, générosité et hospitalité quand il assistait à une cérémonie ou lors des interviews. «En raison de mon attachement et tendresse pour le Vietnam, j’espère y lancer de nouveaux projets, pour différents publics», finit-il par conclure.

Découvrir l’ouvrage à Hanoï: Le photographe présentera son livre le 5 novembre prochain, au 43, rue Nhât Chiêu, puis le 11 novembre au 24, rue Ly Quôc Su, à Hanoï. – CVN/VNA