​Hanoi (VNA) - Le 2 juin à Hanoi, l’Agence suisse pour le développement et la coopération a présenté le bilan de son programme dédié à la lutte contre la pauvreté dans le Nord du Vietnam. L’expérience, plus que positive, souligne la nécessité de créer des liens durables entre tous les acteurs.

Des femmes du village de Diêm, dans la province de Nghê An (Centre), confectionnent de manière artisanale des objets faits à partir de rotin. Photo : DDS
«On essaie d’être modeste en Suisse. Mais cette fois, on peut dire qu’on est très heureux et fiers». Pour Samuel Waelty, l’ancien directeur de l’Agence suisse pour le développement et la coopération (DDC) au Vietnam et initiateur de tout le projet, les résultats du programme intitulé Market Access for the Rural Poor (MARP) méritaient bien de faire un petit écart à l’étiquette helvétique.

Lancé fin 2012, le programme soutient des projets qui ont pour but de faire sortir de la précarité les ménages pauvres des régions rurales dans le Nord du Vietnam. L’idée centrale est de recréer un écosystème économique «vertueux», où les cultivateurs sont amenés à travailler en étroite collaboration avec des sites de production et de transformation, des négociants internationaux ou encore les représentants gouvernementaux locaux.

Le thé est récolté délicatement par les femmes de l’ethnie Dao rouge. Photo : DDS
Devant un parterre d’une centaine d’invités à l’hôtel Pullman de Hanoi, la DDC, mais aussi ses partenaires tels qu’Helvetas, SNV, Oxfam et Vietcraft, des agriculteurs, chefs d’usines, facilitateurs et politiques ont pendant une matinée analysé et commenté ce bilan. Et tous, sans exception, ont souligné les excellents chiffres.

Le MARP s’était fixé comme objectif d’améliorer la vie à près de 10.000 ménages. Fin mai, ce sont en réalité 24.000 familles et foyers qui ont pu bénéficier du programme. Pour près de la moitié d’entre eux, le revenu a augmenté en moyenne de 574$ sur deux ans. La DDC annonce que le revenu total dégagé par l’ensemble des projets est de 8,5 millions de dollars, alors que l’agence suisse avait initialement investi 4,8 millions de dollars. Et dernier indicateur positif et le plus important : le taux de pauvreté des populations participantes est passé de 39% à 25% entre 2013 et 2016.

Priorité aux minorités ethniques et aux femmes

Derrière chaque motif se cache une histoire, une culture et des vies. Photo : DDS
«Le Vietnam réalise de bonnes performances en terme de développement humain et économique depuis une vingtaines d’années, commente l’ambassadrice de Suisse, Beatrice Maser, lors de son discours d’introduction. Le pays a vu son taux de pauvreté passer de 60% au début des années 90 à environ 13% aujourd’hui». Mais la DDC rappelle qu’environ 12 millions de foyers dans les zones rurales peinent à se sortir de la précarité, et que 50% des minorités ethniques vivent dans des conditions très difficiles.

Un panel d’expert avait donc préalablement sélectionné 4 projets sur les 39 soumis, avec une préférence pour des activités majoritairement tenues par des femmes, une cible plus exposée et vulnérable à la précarité.  

Ils ont donc choisi en premier le projet de production de thé de haute qualité (Shan Tea) par des ethnies minoritaires dans le Nord du Vietnam et du Laos, mais aussi du Myanmar. Le deuxième visait le secteur des épices, tels que le cardamome, la cannelle et l’anis étoilé, produits dans les provinces de Lang Son, Lào Cai, Yên Bai et Hà Giang. Le troisième s’est orienté vers la production de rotin et de bambou dans quatre districts de Nghê An. Enfin, le dernier projet s’est concentré sur le textile dans les provinces de Nghê An, Thanh Hoa et Hoà Binh.

Un schéma simple, mais qui se heurte aux réalités
Dans la province de Nghê An, une femme s’active à la récolte du bambou avec une technique bien particulière. Photo : DDS
Le programme a appliqué pour chacun des projets un modèle économique précis et des plus simples : focalisation sur un ou deux produits, structure managériale la plus épurée possible, intervention d’ONG et d’entreprises pour jouer les facilitateurs et enfin obligation de trouver de nouvelles sources de financement pour la suite.

Pendant trois ans donc, l’objectif primordial était d’améliorer la qualité et la quantité de la production. Mais pour Nguyên Lam Gian, la tâche était bien plus complexe que sur le papier. «Tout d’abord, la qualité initiale des produits était loin d’être satisfaisante. Il était également difficile pour les paysans d’écouler leurs marchandises sur des marchés, même au niveau régional. Et le manque d’accords sous forme contractuelle fragilisait d’autant plus la situation des producteurs», souligne-t-il.

Il a fallu mettre en place des formations pour apprendre de nouvelles techniques de cultures plus efficientes, mais aussi inclure de nouvelles technologies plus modernes et sûres. Il était aussi nécessaire d’initier les participants aux stratégies marketing et au branding et de permettre aux produits d’attirer l’intérêt des acheteurs, et de s’ouvrir au marché international.

Là aussi, selon le directeur d’Helvetas, l’obstacle le plus difficile à surmonter était au fond... les acteurs eux-mêmes. «Il y avait à l’époque des liens très faibles entre tous ces acteurs, il n’y avait aucune confiance entre eux. Les vielles habitudes, ancrées en profondeur, avaient du mal à s’adapter aux nouveaux besoins, et il était difficile de leur changer les techniques ou d’incorporer de nouveaux motifs», se souvient-il.

Quel modèle pour le futur ?
Une jeune fille de l'ethnie Thai est concentrée sur son métier à tisser. Photo : DDS
Mais au final, malgré les difficultés, les incertitudes des milliers de personnes ont vu leur vie changer. «J’ai pu m’acheter une maison, et tout le nécessaire, témoigne Trân Thi Khuyên, une cultivatrice investie dans le projet des textiles et qui a vu son revenu passer de 2 millions à plus de 6 millions par mois. On peut mieux nourrir nos enfants. Ils ne s’arrêtent plus à la 9e classe, les plus grands partent pour l’université et vont vivre par eux-mêmes. On a pu aussi acheter une télévision, les enfants peuvent regarder les nouvelles du pays mais aussi à l’international».

Selon des chefs d’usine invités lors de cette journée, les nouvelles plus-values apportées par le MARP leur ont permis de les protéger de la fluctuation des prix, qui les empêchait souvent de vendre sur d’autres marchés. Tous soulignent que le programme leur a ouvert de nouvelles perspectives, telle que la culture organique ou à des designs plus modernes.

Pour Samuel Waelty, et Steven Geiger, son successeur à la tête de la DDC au Vietnam, «le plus important est d’avoir réussi à faire travailler ensemble tous ces acteurs clés, et d’avoir instauré une vraie confiance entre eux». Un contexte positif, qui les amène selon les deux représentants à améliorer leurs capacités et à être mieux parés pour affronter le futur. Le programme est officiellement terminé, «et ils vont devoir trouver de nouveaux investisseurs, explique Steven Geiger. Le modèle a été une réussite, mais pour le futur, comment pourra-t-on le répliquer à plus grande échelle ?»

Même si ces projets sont maintenant autonomes, la question mérite d’être posée alors que le rapport entre la Suisse et le Vietnam est en passe d’évoluer. Le programme bilatéral de la DDC prendra fin cette année, intégrant les activités de la SECO, le secrétariat d’État à l’Économie suisse. «C’est un signe que nous passons à une nouvelle étape de collaboration économique avec le Vietnam» précise Steven Geiger. La confédération a de plus annoncé récemment son intention de couper dans le budget d’aide au développement, des voix politiques réclamant une baisse de 20%, voire 40% pour le parti conservateur et nationaliste suisse UDC. Mais pour Samuel Waelty, il n’y a pas lieu à s’inquiéter et l’aide au développement n’a pas dit son dernier mot. «Il y a encore d’autres programmes en cours de la DDC, et on pourra compter sur la SECO avec des programmes globaux actifs». -CVN/VNA