Les Thai qui habitent le Nord-Ouest du Vietnam comptent plus d'un million d'habitants. La femme mariée porte le chignon au sommet de la tête, alors que la jeune fille le laisse pendre au niveau des épaules. Le foulard, lui, va partout. Zoom sur ce supplément d’âme avec la Voix du Vietnam.

Il n’y a pas que la langue qui permet de distinguer les ethnies. Pour qui a l’œil exercé, les vêtements constituent une indication tout aussi, sinon plus, fiable. Le foulard Piêu, par exemple, est l’apanage des femmes de l’ethnie Thai. Ses motifs ornementaux, qui évoquent la forêt et la montagne, et ses couleurs vives rehaussent le charme de celles qui le porte.

Chez le Thais Noirs, le foulard Piêu est indispensable aux femmes. Mais sa réputation a largement dépassé le cadre de son ethnie d’origine pour s’étendre à tout le Vietnam : il faut dire qu’il a maintes fois été célébré par les écrivains et les compositeurs. De 1,5 à 1,6 m de long et de 30 à 40 cm de large, ce fameux foulard est non seulement un couvre-chef, mais aussi une sorte de parure qui souligne le charme féminin.



D’après Ca Thi Ban, 60 ans, habitant dans le village de Me, à Son La, le foulard Piêu est porté par presque toutes les Thais Noires au nord-ouest dont Son La. Ce sont les motifs ornementaux qui se trouvent au bout du foulard qui permettent d’en établir avec exactitude la provenance. Les motifs en question sont tantôt des losanges, tantôt des lignes en zigzag, monochromes ou de couleur variées. Les détails faits de fils tressés, représentant des fleurs ou des ondulations rehaussent la valeur de la broderie.

Toujours selon Ca Thi Ban, pour avoir un bon foulard Piêu, le fil doit être de soie, ce qui rend les motifs plus brillants et veloutés. «Autrefois, on n’utilisait que du fil de soie pour broder le foulard Piêu. On élevait soi-même les vers à soie. Or, aujourd’hui, les jeunes préfèrent le fil de laine. C’est plus pratique car on peut le trouver facilement au marché. Mais c’est moins joli que le fil de soie», dit-elle.

Broder un foulard Piêu est vraiment tout un art. La tradition veut que toutes les filles Thais sachent tisser et broder. Elles apprennent donc le tissage et la broderie dès 7 ou 8 ans. Les vêtements ou les couvertures que la jeune Thai apporte avec elle quand elle se marie constituent presque un examen de passage : ils disent mieux que tout commentaire l’habileté ou la maladresse de celle qui les a éxécutés.

Faire un foulard Piêu demande beaucoup de temps : de 3 à 4 semaines lorsque le travail est ininterrompu. Mais souvent ça prend un ou deux mois car on le fait quand on a le temps libre, entre deux récoltes par exemple. Chacune y met son âme, son caractère.

Lo Thi Huong, du village de Co, à Son La, se souvient de son initiation à la broderie : « J’ai appris à broder quand j’étais encore petite. On suivait nos mères et nos soeurs. Quand les buffles étaient au paturage, les filles se réunissaient pour la broderie. On commencait souvent par des motifs simples comme le losange, les zigzags, avant de faire des motifs plus complexes.»

Le foulard Piêu est destiné en tout premier lieu à l’homme aimé. Au cours des fêtes populaires, les garçons tentent de ravir le Piêu, souvent avec la complicité de la fille élue. Il se peut que celle-ci prenne l’initiative en faisant semblant d’oublier son Piêu, de le laisser tomber, ou en le jetant vers celui qu’elle convoite. Avant le mariage, la jeune Thai confectionne beaucoup de Piêu à l’intention de sa future belle-famille. Le Piêu charme par ses couleurs et ses broderies, c’est le symbole du talent et de la vertu de la femme Thai. - VNA