Ben Tre (VNA) - Mondialisation oblige, les régions touristiques vietnamiennes doivent peu à peu s’ouvrir à l’anglais. Pour aider les populations les moins favorisées à briser la barrière de la langue, une ancienne institutrice de la ville de Tân Trach, province de Bên Tre (Sud), propose des cours gratuits.

Un cours d'anglais proposé par Mme Nam.
Mme Nam peut avoir le sourire. Son pari est plus que largement tenu. «Initialement, je comptais ouvrir de classes destinées uniquement aux enfants de la province. Pourtant, c’est surprenant de voir que bon nombre d’étudiants, de parents, de batelières, de vendeuses, de paysans et d’ouvriers font la queue devant ma porte. Le nombre de participants s’élève à 35 personnes, mais il me reste encore de nombreuses demandes non satisfaites, peut-être pour la prochaine promotion», raconte-t-elle.

Ancienne institutrice, elle avait démissionné pour s’occuper de sa mère. À la mort de cette dernière, Mme Nam, de son vrai nom Dang Thanh Huong, s’était retrouvée seule, ses frères et sœurs ayant quitté le pays. Mais elle a toujours été animée par l’envie d’aider la communauté, et de rester au service de sa province.

Une opportunité s’est ouverte

À une époque d’ouverture et d’intégration au tissu économique mondial, l’anglais apparaît indispensable aux jeu-nes de la province de Bên Tre, fort appréciée des touristes. D’autant plus que la zone industrielle de Giao Long a vu le jour, et un bon nombre d’investisseurs s’y sont implantés. La commune était pourtant dépourvue de centre de langues. Pour obtenir un certificat d’anglais, les locaux devaient se rendre au centre-ville de Bên Tre, ou pédaler jusqu’à  My Tho (dans la province de Tiên Giang), soit entre 16 et 20 km aller-retour. Et c’est sans compter les frais d’études estimés à plus de 500.000 dôngs par mois, une somme non négligeable pour les pauvres campagnards. C’est alors que Mme Nam a pensé à enseigner les langues étrangères.

Mme Nam et ses élèves. Photo : CTV
À l’aide de proches, elle a ouvert des classes gratuites d’anglais en août 2015, dans des salles équipées de lecteurs de cassettes et d’une télévision. Elle a ensuite recruté deux collaboratrices compétentes pour assurer une classe préparatoire et une autre de conversation pour les plus avancés.

Chaque apprenant suivant les classes de Mme Nam poursuit son propre objectif. Les plus jeunes souhaitent se perfectionner en anglais, les étudiants veulent améliorer leur expression orale. Les employés des agences touristiques désirent communiquer avec les touristes étrangers. Les ouvriers cherchent une promotion dans leur travail en communiquant avec leurs collègues et leurs chefs.

Des cours utiles pour le tourisme

C’est le cas de Ngoc Thu, guide touristique d’une agence de voyage du delta du Mékong. Auparavant, elle ne parlait pas anglais et chaque fois que les touristes venaient, elle devait apporter toutes sortes de boissons pour que les touristes choisissent. Lorsqu’une personne voulait autre chose, ou aller simplement aux toilettes, la seule solution était de converser avec les mains. Après s’être inscrite aux classes de Mme Nam, elle a appris à présenter  différentes boissons en anglais ainsi que quelques rudiments. Trois mois plus tard, Thu était capable de communiquer avec les touristes. Encouragée par les bons résultats, elle a décidé de poursuivre les cours.

Vo Thi Gai, 35 ans, travaille, quant à elle, comme batelière, et transporte les groupes de touristes. En huit ans de travail, elle ne maîtrisait que quelques phrases anglaises comme «D’où venez-vous ?» ou «Est-ce que vous aimez le Vietnam?», guère plus. Aux autres questions des touristes, elle se contentait de hocher de la tête. Pourtant, depuis qu’elle prend des cours, elle peut déjà ressentir le changement: «Maintenant je peux parler beaucoup plus, par exemple, je peux demander ce que les touristes aiment en venant à Bên Tre. Je peux aussi leur  parler des poutrelles et des jonques», s’enthousiasme Vo Thi Gai.

Bien des personnes souhaitent s’inscrire aux classes gratuites. Le besoin d’apprendre l’anglais se fait notamment ressentir chez les personnes les moins aisées, et les enseignantes redoublent d’intérêt et de dévotion. Les agriculteurs se montrent très reconnaissants envers les classes gratuites. Ils expliquent que cela les aide énormément pour communiquer avec les touristes qui veulent visiter leurs vergers, un passage touristique quasi obligatoire dans la province. Et pour certains, l’apprentissage de la langue anglaise devient un vrai coup de cœur.

«J’espère être toujours en bonne santé afin de pouvoir ouvrir d’autres classes car le besoin des gens d’ici pour l’apprentissage de l’anglais est grand», conclut Mme Nam. -CVN/VNA