Début de février 1973, quelques jours seulement après la signature des Accords de Paris, une nouvelle bataille diplomatique a été engagée au cœur du camp Davis, à l’aéroport de Tân Son Nhât.

Il y a 39 ans, deux délégations militaires du gouvernement révolutionnaire provisoire de la République du Sud Vietnam et de la République démocratique du Vietnam étaient arrivées au camp Davis. Pendant 823 jours et nuits se déroulera une véritable bataille diplomatique pour faire respecter les Accords de Paris qui déboucheront sur la fin de la guerre du Vietnam.

Quand les derniers soldats américains se sont retirés du Sud, des membres des deux délégations poursuivent toujours leur mission au camp Davis et s’engagent dans la campagne de libération du Sud.

Le camp Davis baptisé d’après soldat américain James Thomas Davis mort au combat au Sud du Vietnam, se trouvait au sud-ouest de l’aéroport de Tân Son Nhât. Le choix du lieu est révélateur du dessein de l’adversaire: isoler les deux délégations militaires du Vietnam des habitants locaux, les faire subir le fracas sonore pétaradant des moteurs, les vrombissements des avions et la chaleur étouffante exacerbée par les toits en tôle du camp.

«Les Américains ont encore installé davantage de moteurs dans le hall de réparation des avions et engins à moteurs. Un vacarme sonore jour et nuit. Les Américains tentaient de nous provoquer une crise de nerfs. Mais on a tenu bon pour mener à bien nos tâches durant 823 jours. On y est resté jusqu’à la libération de Saigon», fait savoir le colonel Dinh Quôc Kha, du club du Comité militaire mixte du camp Davis.

Aujourd’hui septuagénaires ou octogénaires, d’anciens membres des deux délégations au camp Davis se retrouvent chez le colonel Nguyên Van Kha. Les souvenirs restent vifs 37 ans après la libération du Sud.

«Ceux qui combattent au front, s’ils peuvent surmonter les tensions, c’est grâce à leur amour pour la Patrie. Quand la Patrie est en péril, sa sauvegarde est l’affaire de tous», indique le colonel Vu Nam Binh, chef du comité de liaison du club du Comité militaire mixte du camp Davis.

Ces hommes et ces femmes ont combattu 823 jours au cœur du repaire de l’adversaire pour que les Accords de Paris soient respectés. Leur patriotisme, leur hardiesse et leur intelligence se sont montrés décisifs pour la suite des événements. Pham Van Lai a eu l’honneur de hisser le drapeau de la victoire sur le château d’eau du camp Davis. Un événement qu’il se rappelle toujours avec émotion et fierté.

«Je me souviens qu’à ce moment-là, j’ai dû aller chercher ailleurs des fils de fer et une conduite d’eau en guise de hampe et d’attache du drapeau. Je suis monté avec le drapeau, le camarade Cân me suivait. Planté vers 9h10, le drapeau flottait au vent vers 9h30», se rappelle Pham Van Lai, du club du comité militaire mixte au Camp Davis.

La lutte diplomatique pendant ces 823 jours et nuits au camp Davis marque un jalon de la diplomatie militaire du Vietnam. Peu après midi, le 30 avril 1975, un tank des forces de libération défonçait les grilles du palais présidentiel du régime fantoche de Saigon.

La guerre s’achevait ainsi quelques heures après le départ en hélicoptère des derniers Américains depuis le toit de leur ambassade. Le drapeau bleu et rouge frappé d’une étoile dorée flottait sur le toit du palais. Une nouvelle page de l’histoire du Vietnam s’est ouverte. -AVI