Des touristes et des habitants du village d'Aur. Photo : doanhnhansaigon.vn
 

Quang Nam (VNA) - Peuplé de Co Tu, une ethnie minoritaire du Centre, le village d'Aur a conservé une coutume ancestrale. Chaque visiteur est convié à un repas où tous les villageois apportent un plat. En signe d'hospitalité, tout simplement.

Niché au sein de la cordillère de Truong Son, Aur ne compte que 21 familles, totalisant une centaine d'habitants. Un village montagnard reculé de la commune d'A Vuong, district de Tây Giang, province de Quang Nam, comme il en existe beaucoup d’autres dans le Centre du Vietnam.

L'ouverture de la route Hô Chi Minh, seconde «trans-vietnamienne» Nord-Sud (l’autre étant la Nationale 1A), a permis de désenclaver ce village isolé et d'augmenter ses échanges avec l'extérieur. "Les villageois ont décidé eux-mêmes de construire une piste de 16 km à travers la forêt pour relier leur village au chef-lieu du district où passe la route Hô Chi Minh. Les travaux ont duré 48 jours et 780 personnes d’Aur et des environs y ont participé", informe Alang Ren, le patriarche du village.

Grâce à cette piste, le village accueille désormais des visiteurs amoureux de la nature. La vie quotidien s’est quelque peu animée, mais les Co Tu n’en ont pas pour autant changé leurs habitudes, notamment celle de convier tout visiteur à un repas collectif. L'occasion pour tous les villageois de manifester leur hospitalité en y apportant un plat, frugal ou plus copieux.

Un ruisseau poissonneux réservé aux hôtes


Le village d'Aur comprend des maisons sur pilotis disposées en cercle autour de la nhà Guol, la maison commune où se déroulent toutes les activités communautaires : réunion, activités artistiques et sportives, etc.

À l'arrivée d'un groupe de visiteurs, le patriarche se présente immédiatement devant la nhà Guol, les accueille avec un large sourire, laissant voir une dentition toute noire (due à la coutume de chiquer du bétel). Il étend une natte faite d’écorces végétales sur le plancher et invite les visiteurs à s'assoir autour d'une tasse de thé.

Puis, il sort et pousse des cris en se servant de ses mains comme porte-voix. Peu après, quatre femmes se présentent avec chacune un fagot de bois. Un feu est allumé au milieu de la nhà Guol. «Il fait froid ici. On a l'habitude de se réchauffer au coin du feu», explique le vieillard. Trois jeunes hommes, torses nus, partent au ruisseau de Tà Vat, à l'extrémité du village. Après un quart d'heure, ils reviennent avec un panier rempli de poissons frétillants.

La nuit tombe. C'est l'heure du dîner. Tour à tour, les chefs de famille apportent dans la nhà Guol un plateau de victuailles. Chacun fait selon ses moyens, c’est le geste qui compte. Le plateau de la famille d'Alang Liên comprend riz, bouillon aux légumes et sel au poivre; celui d’Alang Phôt : riz et viande d'écureuil séchée; celui d'Alang Huou : riz et viande de rat grillée ; celui d'Alang Ot : viande de porc fumée et soupe de pousses de bambou. Alang Ren apporte encore une jarre d'alcool de riz. À cela viennent s'ajouter des poissons grillés dont l’odeur embaume la modeste paillotte et taquine les narines des convives. Autour du feu, tout le monde porte un toast.

Avec un brin d'orgueil, le chef du village explique : «La tradition des Co Tu veut que n'importe quel visiteur soit traité comme l’hôte de tous les villageois, même s’il ne vient visiter qu’une famille. Chaque maison apporte quelque chose».

Plus incroyable, les poissons du ruisseau sont aux convives : «Le ruisseau au bout du village est très poissonneux, un vrai cadeau du Ciel, décrit le jeune Alang Ot. Les poissons atteignent parfois la taille d'une jambe. Mais jamais personne n’y pêche. Car selon la tradition du village, ils sont réservés aux visiteurs».

Une vie qui s’écoule paisiblement


Autour du repas pantagruélique, les Co Tu se rappellent des souvenirs des années de guerre contre les Américains (avant 1975), où le village était une base de résistance révolutionnaire. «En 1968, les guérilleros d'Aur ont abattu 4 hélicoptères. Les débris sont conservés ici comme témoin de l'héroïsme du village», s'enorgueillit Alang Ren.

Présent aussi à ce repas collectif, le maître Bùi Tân Truong, responsable de l'école primaire-internat d'Aur, ajoute : «Tout est propre ici. Les villageois sont tous conscients de l’importance de protéger l'environnement, de préserver l'hygiène publique. Le bétail, les poulets sont élevés en aval du ruisseau, à 2 km de là. Chaque jour, les familles viennent soigner les bêtes et nettoyer leurs abris».

Membre de l’ethnie Kinh, venu de la plaine en réponse au mouvement de développement de l'enseignement général dans les montagnes, le maître Bùi Tân Truong est devenu un membre à part entière de la communauté locale. Il confie avec émotion : «Je suis heureux de vivre ici. La vie est paisible. Les enfants sont sages et studieux. Les habitants sont solidaires et travailleurs». Les villageois pratiquent la culture sur brûlis. Ils protègent la forêt où ils récoltent champignons, ginseng, cannelle, anis étoilé, tsaoko, qu’ils échangent contre sel, savon et autres produits de première nécessité. «Vraiment, Aur est un village heureux», conclut-il.

Le président du Comité populaire du district de Tây Giang, Bling Mia, nourrit un grand projet pour Aur : «c’est le dernier village Co Tu du district à pratiquer cette coutume d’accueil en grandes pompes des visiteurs. Nous comptons en faire une zone d’écotourisme avec séjour chez l’habitant. Comme nous faisons partie de la zone de protection du sao la (Pseudoryx nghetinhensis - un rare cervidé endémique, ndlr), la nature est bien préservée. Venez nous voir, on vous accueillera comme des rois !». – CVN/VNA