Hanoi (VNA) - Situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale Hanoi, le village de Dông Cuu est reconnu pour sa broderie traditionnelle. Traversant des périodes ô combien difficile, les habitants du village de Dông Cuu ont cherché à perpétuer ce métier séculaire. La reconnaissance par l’UNESCO du culte de la Déesse-Mère en tant que patrimoine culturel immatériel est pour eux une véritable bénédiction.
 
Selon la légende, l’ancêtre de la broderie au village de Dông Cuu est le Docteur Lê Công Hành (1606-1661). Il a appris la broderie quand il était ambassadeur à l’étranger puis l’a enseignée à son village natal de Quât Dông et aux villages environnants, dont Dông Cuu. Photo : VNP

Autrefois, Dông Cuu était spécialisé dans la fabrication de vêtements et accessoires au service des activités religieuses ou fêtes traditionnelles. Maîtrisant les techniques professionnelles de la broderie royale, les habitants de Dông Cuu participaient également à la confection des tenues royales du palais, ce qui constituait une immense fierté.
 
Au fil des années, les changements sociaux ont considérablement affecté l’exercice des métiers traditionnels dans maints villages autour de la capitale. La broderie à Dông Cuu n’a pas échappé à ce phénomène. Les habitants ne fabriquant plus les tenues royales se sont tournés vers la confection des tuniques de médiums. Pourtant, les difficultés subsistaient. Les années 1980 ont marqué la période la plus dure quand les pratiques religieuses comme le hâu dông ont fait face à des règlementations strictes. Le village est tombé en crise.
 
Mais récemment, suite à l’entrée du culte de la Déesse-Mère dans la liste des patrimoines culturels immatériels de l’UNESCO, la demande en vêtements pour les médiums a augmenté, ce qui relancé le métier. Dông Cuu est en effet l’unique village spécialisé dans la fabrication de vêtements de médiums. «Le culte de la Déesse-Mère reconnu par l’UNESCO nous apporte une grande motivation pour faire revivre le métier. Les clients font appel à nous pour avoir des produits de qualité, fabriqués avec des techniques traditionnelles», a confié Nguyên Thê Du, chef de l’association des artisans de Dông Cuu.
 
À côté des vêtements confectionnés sur commande, les artisans de Dông Cuu inventent aussi de nouveaux modèles afin de diversifier leur offre. Bien sûr, ces inventions se basent sur les règles de géomancie et d’harmonisation des couleurs des vêtements des médiums. Il y a aussi des clients étrangers qui s’intéressent à la broderie traditionnelle. Nguyên Thê Diên, propriétaire de l’atelier Diên Loan, confie avec fierté : «Nous recevons aussi des commandes de Taïwanais pour des vêtements de mariage, par exemple. Ou de clients malais, qui nous commandent les broderies des vêtements traditionnels de leur pays».
 
Se faire connaître grâce à la publicité en ligne

Les jeunes artisans continuent de préserver les techniques traditionnelles de broderie qui font la particularité du village de Dông Cuu. Photo : CVN

 

Les jeunes artisans du village utilisent les réseaux sociaux comme Facebook, Zalo ou Youtube pour présenter leurs produits. Pham Van Dôc, propriétaire de l’atelier Phà Dôc, apprécie ces moyens de communication modernes qui permettent de se faire connaître aux quatre coins du monde, et ce sans dépenser un centime.

Le village de Dông Cuu se trouve en banlieue de Hanoï, mais peu de personnes connaissent son métier traditionnel. «Les  ateliers sont dispersés et il n'y a pas de panneau à l`entrée du village signalant notre particularité», déplore le chef de l’association Nguyên Thê Du. Les artisans doivent chercher les clients par eux-mêmes, préparer les échantillons, se débrouiller lors des négociations, souligne M. Dôc. «Nous considérons la publicité en ligne comme un moyen de marketing efficace au lieu des publicités classiques qui coûtent bien trop cher», ajoute M. Diên de l’atelier Diên Loan.

«Parmi le tas de produits plus modernes, plus à la mode, les broderies à la main de Dông Cuu ont leur propre valeur. Les techniques de broderie royale, les anciens motifs de broderie sont un trésor et font la particularité du village. Moi et les autres artisans expérimentés du village espérons que les générations futures reprendront le flambeau et perpétueront ce savoir-faire séculaire », a exprimé Vu Van Gioi. Il a été reconnu «Artisan populaire» pour ses contributions considérables dans la préservation de ce patrimoine ainsi que dans la formation de jeunes artisans.
 
Les villageois de Dông Cuu ont retrouvé un certain optimisme. Les tenues étincelantes portées par les médiums lors du rituel du hâu dông ou par les artistes qui interprètent le châu van (la mélodie du culte de la Déesse-Mère, NDLR) consolident leur fierté. Les artisans de Dông Cuu continuent de vivre de ce métier perpétué de père en fils, même si leurs produits ne sont pas encore largement commercialisés. – CVN/VNA