Le restaurant de ragoût de chèvre de Christian-Thanh Thuy à Cân Tho, dans le delta du Mékong, est devenu une adresse incontournable. Son succès, il le doit en partie au fait que son chef cuisinier est Parisien.

De nombreux touristes à Cân Tho (delta du Mékong) viennent déguster le ragoût de chèvre (lâu dê) du restaurant Christian-Thanh Thuy situé rue du 30 avril, une des artères principales de la plus grande ville du delta du Mékong.

Christian est originaire de Paris et parle assez bien vietnamien. Ce qu’il prononce le mieux, c’est «Le restaurant de ragoût de chèvre Christian-Thanh Thuy a l’honneur de vous servir !». Une fois les clients assis, le restaurateur continue son show, en souriant : «Mesdames, Messieurs les clients, attendez quelques minutes s’il vous plait ! Nous allons vous servir du ragoût de chèvre spécial !». Deux, trois minutes après, il réapparaît avec un pot en terre cuite contenant le fameux ragoût. Sa femme, Thanh Thuy, dispose bols, baguettes, coupelles d’alcool, légumes sur la table. Ensuite, Christian se met dans un coin, attend que les clients vident leur tasse d’alcool et goûtent les mets. Après, il s’adresse aux clients d’une manière polie : «Alors, c’est bon ?». Si les clients apprécient, il leur dit joyeusement : «Je vous remercie et vous souhaite bon appétit !». Et si les clients ont des opinions à donner, le chef cuisinier, aussi serveur, tire de sa poche un carnet et les note.



Christian, sa femme et sa fille préparent leur fameux ragoût de chèvre. Photo : Duy Khuong/VNA

Souvent, des étudiants francophones de Cân Tho profitent de l’occasion pour dialoguer avec ce Parisien pur jus. Si un client l’invite à boire une tasse d’alcool, Christian refuse poliment : «Notre restaurant sert de l’alcool, mais moi je ne bois pas !».

Coup de foudre au soleil

De nombreux clients apprécient le restaurant Christian-Thanh Thuy car son ragoût de chèvre est à la fois savoureux et bon marché. Certains y viennent par curiosité. On demande souvent au restaurateur français les raisons qui l’ont poussé à s’installer à Cân Tho. «Je suis tombé amoureux d’une jeune paysanne de Cân Tho», répond-il simplement. Christian est né à Paris. Tous les membres de sa famille sont enseignants. Seul Christian a choisi le métier de cuisinier. Employé dans un restaurant à Paris, il voyageait chaque été seul dans un pays étranger. En 2000, il débarque au Vietnam. À Nha Trang, sur la plage de sable blanc frangée de cocotiers, il rencontre Thanh Thuy, qui rendait visite à un proche…

L’histoire d’amour improbable entre un cuisinier parisien et une jeune paysanne de Cân Tho débute alors. Elle se solde par un mariage. Après, Christian décide de rester dans le pays de sa femme et de gagner sa vie avec son métier de cuistot. Mais que proposer comme menu ? Dans le delta du Mékong, les plats français ne sont guère populaires. Christian décide alors de parcourir les rues de Cân Tho pour examiner les plats favoris des habitants locaux. Le cuisinier parisien revient avec cette conclusion : ce sont les restaurants de ragoût de chèvre qui ont le plus de succès.

Christian fréquente plusieurs restaurants pour goûter ce plat, fait connaissance avec des cuisiniers pour tenter de percer leurs secrets. Après, il prépare son premier ragoût et invite toute sa belle-famille et même les voisins à venir goûter. Tout le monde le félicite, alors il décide d’ouvrir son propre restaurant. Au début, la clientèle est clairsemée. Le patron se rend tous les jours dans des universités de la ville, fait connaissance avec des étudiants et professeurs francophones, et les invite à venir goûter ses ragoûts. Beaucoup viennent par simple curiosité... Au fil du temps, le restaurant se remplit.

Cân Tho et Paris

Les deux premières années, Christian n’a pas eu le temps de revenir en France voir ses parents, frères et sœurs. Sa mère s’est alors rendu sur place. Là, elle a constaté la vie difficile de son fils. Lui et sa famille vivent dans un logement assez étroit et Christian travaille dur. La mère conseille à son fils d’emmener sa famille à Paris. Mais au fond de son cœur, Christian ne veut pas revenir car il aime sa vie sous les tropiques. D’autre part, s’il revient, il continuera de travailler pour un restaurateur, tandis qu’il est son propre patron à Cân Tho.