mercredi 16 août 2017 - 22:29:50

À Can Câu, le plus grand marché aux buffles du Nord-Est

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Tous les samedis, dans le district de Si Ma Cai (province de Lào Cai, Nord), un marché aux buffles attire des vendeurs et acheteurs à des centaines de kilomètres à la ronde, et même de Chine. Visite guidée.

D’après les H’Mông de la commune de Can Câu (district de Si Ma Cai), le commerce des buffles est un des principaux moyens de s’extraire de la pauvreté. C’est même devenu le fer de lance de l’économie locale.

Un samedi de printemps dans la commune de Can Câu. Un épais brouillard baigne la localité, d’où s’échappe le bruit des clochettes de centaines de buffles convergeant vers le marché. Sur la route provinciale No153, des dizaines de camionnettes venant des provinces de Yên Bai, Tuyên Quang, Son La, Phu Tho, Hà Giang et Diên Biên entrent dans la commune, après une nuit de route.

Le marché se divise en trois secteurs, le plus large est réservé au bétail. Les buffles sont majoritaires mais il y a aussi des chèvres et chevaux. Ce marché au buffle est le plus grand du Nord-Est.

Transactions rapides


À 07h00, le marché débute sur une large étendue plate au sommet d’une colline. Des centaines de buffles, scrutés sous toutes les coutures. Des femmes H’Mông, en robe de brocatelles, portant leur enfant sur le dos, attendent avec leur mari les acheteurs. Une foule colorée, éclectique, avec parmi les Vietnamiens d’ethnies H’Mông et Kinh, des Chinois venus du Yunnan voisin.

À 09h00, le marché bat son plein. Les acheteurs chinois viennent se procurer des buffles pour les Hui (une ethnie minoritaire de Chine, musulmane). Trân Van Sên, qui joue l’interprète : «Les Hui ne mangent pas de porc mais par contre beaucoup de viande bovine. À l’approche du Têt, les commerçants chinois achètent des centaines de buffles pour leur revendre». C’est alors qu’apparaît un petit groupe de Chinois qui, à tour de rôle, tapotent la croupe d’un animal. Puis ils se déplacent autour pour évaluer son poids. «Ils peuvent trouver le poids avec une marge d’erreur de seulement 0,5 à 1 kg !», assure M. Sên.

Après l’évaluation, les Chinois proposent un prix. S’ensuit un court marchandage… Le prix d’un buffle oscille entre 6 et 20 millions de dôngs.

Une fois la transaction accomplie, acheteur et vendeur s’assoient autour d’une marmite de thang cô (spécialité locale à base d’abats de cheval), tout en sirotant des tasses d’alcool Si, une spécialité du Nord-Est.

Un moyen d’éradiquer la pauvreté


Giàng Seo Pùa habite dans la commune de Xin Chai (district de Si Ma Cai), à 5 km de Can Câu. «Je viens en moto au marché, très tôt, pour me faire une idée des prix du moment. Ma femme vient à pied avec le buffle que l’on veut vendre. Quand elle arrive au marché, c’est le moment le plus animé, et il est facile de marchander», explique-t-il. Il ajoute lorsqu’il n’y avait pas de marché, les commerçants allaient de village en village pour acheter des buffles. Mais, les bénéfices n’étaient guère élevés. Maintenant, chaque fois qu’il a besoin d’argent pour construire une maison ou organiser une cérémonie de noces pour ses enfants, il emmène un buffle au marché.

«Si je ne vends pas un buffle, je peux toujours l’échanger pour avoir un laboureur ou un reproducteur. Grâce à ce commerce, j’ai pu acheter une moto et construire une belle maison», explique-t-il.

Selon Giàng A Do, vice-président du Comité populaire de la commune de Can Câu, «Giàng Seo Pùa est un modèle d’enrichissement personnel grâce au buffle». Ce responsable informe que Can Câu recense 489 foyers, qui vivaient autrefois de la riziculture. C’est en l’an 2000 que le marché a vu le jour et depuis, 75% des foyers locaux se sont lancés dans l’élevage et le commerce de ce bovidé, parallèlement à la culture de l’«herbe à éléphants» (Pennisetum purpureum) et du maïs comme aliments pour le bétail.

«Les locaux élèvent diverses sortes de buffles, pour la reproduction ou pour la viande. Maintenant, de jeunes couples se lancent dans ce métier, informe Giàng A Do. Outre l’élevage et le commerce des buffles, d’autres services se développent, par exemple celui de conduire l’animal à pied à travers les sentiers de montagne, vers le marché ou du marché vers le lieu où se trouve la bétaillère. Dix kilomètres se négocient 150.000 dôngs».

Ce marché est le plus fréquenté entre la fin de la moisson et la remise en culture des rizières. Plus d’un millier de bêtes peuvent alors être vendues en une journée.

Comme d’autres marchés montagnards, celui de Can Câu a aussi une vocation sociale. On y vient pour vendre, acheter mais aussi pour rencontrer de vieilles connaissances. Bien que récent, le marché de Can Câu est aujourd’hui un trait culturel des ethnies du Nord-Est. – VNA

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